Nicole Hertvik

« L’une des meilleures choses qui ressortent de la COVID » n’est pas une expression que l’on entend trop souvent. Pourtant, lorsqu’il s’agit de développer de nouvelles pièces de théâtre, la COVID – et les contraintes budgétaires auxquelles elle a contraint les théâtres – ont conduit de nombreuses salles à adopter la philosophie prudente selon laquelle, en matière de programmation, moins c’est parfois plus.

C’est le cas de la dernière production du Signature Theatre, In Clay, un écrin de 90 minutes en un acte pour une seule femme, réalisé par Kimberly Senior, aussi compact que beau.

Alex Finke dans le rôle de Marie-Berthe Cazin dans « In Clay » au Signature Theatre. Photo de DJ Corey Photography.

L’équipe de rédaction d’In Clay est composée de deux jeunes talents britanniques, l’écrivaine Rebecca Simmonds et le compositeur Jack Miles. Le duo, qui s’est rencontré via Zoom pendant COVID et n’a pas pu travailler en personne pendant six mois, a collaboré sur les paroles, qui forment la base d’une histoire tour à tour délicieuse, perspicace et captivante.

In Clay prend pour sujet l’histoire pour la plupart inconnue d’une céramiste réelle, Marie-Berthe Cazin, dont le petit article Wikipédia de deux paragraphes nous dit seulement qu’elle a étudié auprès d’un céramiste plus célèbre, puis a épousé le fils de cet artiste, qui est censé s’être attribué le mérite de nombreuses œuvres de Marie.

Miles et Simmonds étoffent ces rares détails biographiques pour créer un portrait de Cazin comme l’incarnation de l’art parisien de la fin de siècle, une jeune artiste exubérante et déterminée, déterminée à laisser sa marque tout en étant aux prises avec des revers personnels et professionnels. Alex Finke donne vie à Cazin dans une performance effervescente qui retient votre attention dès la première note. Être le seul conteur sur scène est une tâche lourde, et In Clay souffrirait de présenter le mauvais interprète dans le rôle de Cazin. Heureusement, Finke, dont les crédits précédents incluent des passages à Broadway dans Come From Away et Les Misérables, a à la fois les côtelettes vocales et le pouvoir de star brûlant pour captiver. Avec des touches aussi petites qu’un sourcil et aussi audacieuses qu’une mélodie diffusée du haut de son bureau, Finke captive. (Sarah Anne Sillers, une artiste basée à DMV dont j’adore le travail, est la doublure de Finke, et je sauterais sur l’occasion de la voir également dans ce rôle.)

Bien que In Clay soit techniquement un one-woman show, Finke est rejoint sur scène par un quatuor de musiciens jouant une partition succulente inspirée du jazz manouche. Ce son français du début du XXe siècle combinait le jazz et le swing américains avec des influences folk européennes (pensez à Django Reinhardt, pensez à Stéphane Grappelli : très le jazz hot). Les 14 chansons originales du spectacle permettent à Finke de mettre en valeur son vibrato à la Edith Piaf, tout en nous plongeant dans une autre couche du talent artistique parisien. Le directeur musical/pianiste Matt Herbert a contribué à la musique, aux arrangements et aux orchestrations du spectacle. Le groupe sur scène (le quatuor est complété par la violoniste Madalyn Navis, la contrebasse Joanna Smith et le guitariste Jonny Marques) confère une atmosphère intime de cette époque particulière où Paris était une oasis pour l’art de tous types. (Le jazz manouche n’était pas vraiment un incontournable de la culture française jusque dans les années 1930, bien après les événements d’In Clay, mais bon, la combinaison d’airs swing jazzés et de céramistes intrépides fonctionne vraiment, alors pourquoi chipoter.)

L’histoire se déroule dans un seul endroit, le studio d’art où Cazin a étudié et vécu de la fin des années 1800 jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. Le scénographe Tony Cisek s’est inspiré de la philosophie de l’époque pour créer un magnifique studio d’art avec des poutres apparentes, du bois blanchi à la chaux et un évier de ferme qui serait une pièce maîtresse dans n’importe quelle cuisine. Chaque attention a été portée aux détails. Des étagères de poteries, des piles de peintures et des chevalets témoignent du chaos et de l’ordre qui coexistent dans l’esprit d’un artiste aux prises avec son métier.

Et la dernière star de ce spectacle est la conception de l’éclairage. La lumière naturelle est primordiale pour tout artiste lorsqu’il s’agit de choisir le studio parfait, et le concepteur d’éclairage d’In Clay, Colin K. Bills, l’a bien compris. Les grandes lucarnes du décor correspondaient à l’ambiance de la pièce alors que nous parcourions le jour et la nuit, la joie et la douleur.

Bref, In Clay est un triomphe d’intention et d’exécution. Chaque élément technique est finement calibré, chaque collaborateur travaille au sommet de sa forme et le résultat est une pièce de théâtre à la fois intime et tranquillement expansive. L’histoire de Marie-Berthe Cazin n’est pas présentée parce qu’elle était singulière parmi les artistes ou exceptionnelle parmi les femmes, mais justement parce qu’elle ne l’était pas. Son histoire fait écho à celle d’innombrables femmes d’avant et d’aujourd’hui – des artistes dont le bon travail et les bonnes intentions étaient trop souvent éclipsés par des hommes qui se sentaient en droit de les revendiquer. In Clay donne à Cazin quelque chose qui lui a longtemps été refusé : la paternité, la visibilité et une scène digne de sa voix.

Durée : 100 minutes sans entracte.

In Clay joue jusqu’au 1er février 2025 au ARK Theatre du Signature Theatre, 4200 Campbell Ave, Arlington, VA. Les billets (47 $ à 100 $) sont disponibles en ligne, en appelant la billetterie au 703.820.9771 ou via TodayTix.

Le programme numérique est en ligne ici.

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Signature Theatre annonce les acteurs et les créatifs de « In Clay » (actualité, 20 novembre 2025)

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