Texte de Thierry Debroux, mise en scène par Géraldine Clément et Frédéric Gray, interprétation de Christelle Maldague et Frédéric Gray.

En pénétrant dans la salle de La Folie théâtre, le spectateur plonge dans une atmosphère sombre. Le décor gothique de Mademoiselle Frankenstein s’offre d’emblée à lui et crée le mystère. Les éléments d’inspiration du roman Frankenstein se déploient sur la scène et dans la salle. Les matériaux de chimie propres à l’époque industrielle et les objets si anciens qu’ils semblent receler quelque secret rendent la scène propice aux manifestations de hantise.

On se trompe bien souvent lorsqu’on nie l’existence des fantômes et des créatures fantastiques – et la scène de théâtre est un espace idéal pour rappeler que les spectres sont les résurgences spontanées des impensés de l’histoire. Le texte de Thierry Debray se propose de sonder l’intimité psychique de Mary Shelley pour révéler les mécanismes en œuvre dans la création. Les genres du récit fantastique et de le biographie se mêlent dans le dialogue entre les deux personnages, Mary Shelley et son mystérieux admirateur Lazzaro Spallanzani. D’abord brutalement, puis avec de plus en plus de sensibilité, ce personnage de lecteur fasciné tente de ravir l’écrivaine à elle-même afin qu’elle dévoile les origines de la créature du Docteur Frankenstein.

Les révélations faites permettent de tisser des liens secrets entre des sujets sensibles et tabous. L’identité des personnages est mise à l’épreuve du déni de la mort, du progrès scientifique et de la fécondation assistée. C’est après avoir entendu parler des découvertes sur l’électricité que Mary Shelley a imagé que cette énergie aurait un pouvoir qui puisse bouleverser les principes de vie et de mort. Comme Prométhée créa les hommes et suppléa à leur vulnérabilité en volant le feu des dieux, le docteur Frankenstein ravit la foudre pour créer un être qui défie les lois de la nature. Ce mythe de la période industrielle donne une vision anticipée du pouvoir de l’homme moderne. Mais le sujet de Mademoiselle Frankenstein indique les motivations sensibles qui ordonnent à la création, à travers la projection en abîme des trois rôles qu’a endossés Mary Shelley, celui de mère, d’écrivaine et de génie, père de la créature.

L’écriture de plateau, en ce qu’elle autorise à livrer des questionnements nouveaux à partir d’une œuvre classique, insuffle une seconde vie à Mary Shelley et analyse ses intentions d’écriture inconscientes. La démarche est très bonne, pour une compréhension historique de l’œuvre. Le reproche qu’on puisse faire à la pièce, c’est que le psychologisme dont fait preuve l’auteur réduit la force et l’originalité du propos. Cet écueil est toutefois largement compensé par le mystère, la tension tragique et l’émotion qu’offrent le texte et son interprétation.

Du 2 septembre au 26 novembre 2016,
A La Folie théâtre.

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