Madame Bovary est le titre que donne Gustave Flaubert à son roman réalisé en 1856 et condamné un an plus tard pour « Outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs ». En littérature, au cinéma ou au théâtre, le roman profite d’une résonance temporelle immuable. S’il est considéré, encore aujourd’hui, comme un chef-d’œuvre, c’est à l’esprit réaliste et visionnaire de Flaubert qu’il le doit.
Inspirée de Don Quichotte de Cervantès, le personnage d’Emma Bovary serait le double d’Alonso Quichano. Emma est une femme qui se refuse une résignation insensée à la condition sociale établie et qui se perd dans la poursuite des illusions et des chimères idéalistes inspirées par les lectures romanesques et rêveuses qui causent, très vite, son désenchantement, sa ruine et enfin sa mort.
Au théâtre de Poche, la salle est truffée d’un public venu assister à une mise en scène bien fruste et inattendue de Madame Bovary. Le décor se compose de quatre chaises, quelques instruments de musique et un arrière-plan de champs de blé. Le côté pastoral et rustique de l’œuvre est mis en avant. Mêmement, quatre acteurs occupent la scène : Sandrine Molaro dans un jeu fougueux et enflammé du personnage d’Emma Bovary ; David Talbot incarnant talentueusement son époux, l’innocent Charles Bovary; Gilles-Vincent Kapps dans le rôle de d’un Rodolphe exalté et enfin, Félix Kysyl interprétant plusieurs personnages tels que la belle-mère aigrie ou encore le jeune et doux Léon.
Le jeu des personnages est versatile et balaie l’aspect effronté de l’œuvre flaubertienne. Il se fait dans une atmosphère conviviale où ces derniers ne sont pas seulement acteurs mais aussi musiciens, maniant des instruments tels que l’harmonica, la guitare ou le piano. Cette fraicheur musicale apporte un côté festif et joue le rôle d’une appréciation des passages joyeux ou tristes.
Néanmoins, s’il s’agit plutôt d’une version retravaillée du texte faite dans l’esprit comique, nous avons manqué de ressentir le caractère éprouvé et calamiteux du personnage d’Emma dans le choix de cette mise en scène car nous pressentons un portrait d’une femme frivole et peu consciente de ses actes, dotée d’une personnalité qu’on assimilerait presque à celle d’une adolescente aux valeurs instables. Nous nous demandons, cependant, s’il ne serait pas plus judicieux d’appuyer le côté « bovaryste » du personnage car après tout, Emma n’est qu’une femme qui cherche le bonheur, son bonheur.
Ce choix de mise en scène de l’épopée de Madame Bovary au théâtre de Poche rompt avec nos prévisions de la représentation et propose une originalité certaine du jeu qui saura convaincre et séduire les amateurs des mises en scènes décalées et inattendues des textes classiques.

Du 12 novembre au 31 janvier 2015,
Au Théâtre de Poche Montparnasse.

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Lynda MEGHARA

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