C’est avec brio que Florence Andrieu et Flannan Obé réinventent la mise en scène du cinéma muet des années 1920. L’histoire de Joséphine, une jeune fille habitant une modeste mansarde avec sa tutrice. Joséphine est amoureuse d’Alfred, un garçon doux et charmant mais sans le sou. Sa tutrice veut la marier à Rodolphe, homme irascible avec « du bien ». La jeune fille est face à une situation terrible. Que va-t-il lui arriver ?

Ainsi, la pièce Le Crime de l’Orpheline est une réinterprétation audacieuse de ce cinéma originel que furent les films muets. Oscillant entre le burlesque et le fantastique, ce « grand guignol musical » se situe quelque part entre Murnau et Buster Keaton. Le spectateur aura la satisfaction de constater qu’en réalité le spectacle alterne scènes muettes, scènes parlées et scènes chantées. Le cinéma muet, malgré son charme, peut s’avérer quelque peu étrange pour un spectateur du vingt et unième siècle. La force de la mise en scène de Le Crime de l’Orpheline réside dans l’autodérision. Les passages muets sont remarquablement joués et ne sont pas pris au sérieux pour autant.

De plus, les scènes de grand guignol sanguinolentes seraient d’une loufoquerie intenable s’il n’y avait pas cette mise à distance de la part des acteurs. Une scène de crime atroce à jouer ? Qu’à cela ne tienne, on enfonce le clou (et le couteau), le sang gicle gaiement, des mains coupées pleuvent sur la scène, et cela passe très bien. La pièce réussi le tour de force du grand guignol sans tomber dans le lourd ou l’indigeste.

Quant à l’histoire, elle est minimaliste et sert juste de prétexte à la mise en scène et au décor. Ce dernier est d’ailleurs particulièrement réussi et très évocateur. Le lit, le poêle, la fenêtre, les tonalités grises expriment un logement parisien des plus modestes, propice à tous les drames.

On ne peut que saluer la technicité de ce duo d’acteurs qui à travers cette tragi-comédie font une satyre des pièces à la tragédie grandiloquente. A voir donc, et conseillé au jeune public et aux âmes sensibles.

Jusqu’au 18 juin 2016
Au Théâtre Ranelagh

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