C’est au petit et chaleureux théâtre de l’Essaïon du 4ème arrondissement que nous assistons à une surprenante mise en scène de Fin de partie, ce classique immanquable de Samuel Beckett. Cette pièce, a été réalisé en 1957 et traduite en anglais sous le nom de Endgame, et aujourd’hui adaptée par la compagnie Toby or not.

Fin de partie met en scène 4 personnages qui incarnent les thèmes de la temporalité et de l’inaction. Tout d’abord, nous avons Hamm, handicapé et aveugle qui est au centre de la scène. S’il est déplacé, de temps à autre, de bout en bout, il revient toujours au centre. Assis sur son fauteuil comme un roi qui gouvernerait un monde en déclin en nous renvoyant cette image qui nous fait penser à Béranger 1er dans Le roi se meurt d’Eugène Ionesco. Hamm rêve de la lumière qu’il ne perçoit plus et cherche la vie au-delà des quatre murs qui l’entourent. Clov est son fidèle serviteur qui lui sert de lien avec le monde extérieur. Sans cesse, il s’interroge, sans trouver de réponses, sur les raisons de son exécution involontaire et incontrôlable des ordres de son maître ? Il décide de partir mais n’y parvient pas. Il dit qu’il va le laisser mais revient à chaque bruit de sifflet.

Hamm et Clov est un couple qui entretient un lien d’inter dépendance, un couple de maître/ valet ; le maître peut abuser de son autorité en bon tyran mais le larbin peut se moquer, d’un comique carnavalesque, de son maître. Hamm et Clov sont en échos avec Vladimir et Estragon d’En attendant Godot, les deux couples attendent quelque chose qui n’arrive pas en étant dans une action stérile et dans une parole absurdement cyclique. Une répétition dérangeante et embarrassante.
Nell et Negg sont les parents de Hamm qui sont, tous deux, cloitrés dans des poubelles. Vêtus de leurs tenues de mariés mitées au fil des années, il ne leur reste plus de cette époque que les doux souvenir et un fils ingrat. Dans cette immobilité, ils demandent à être nourris, que le sable soit changé. Ils essayent de se toucher mais n’y parviennent pas, essayent de s’entendre mais n’y parviennent plus. Cette amputation du couple nous fait également penser à Winnie et Willie dans Oh les beaux jours de Beckett où le couple est enterré jusqu’à la taille. Une immobilité qui revient chez Beckett et qui est associée à la condition réaliste des personnages, voire des humains, en général.

Ces quatre personnages forment une famille composée de trois générations : Clov le fils, Hamm le père et, Nell et Nagg, les grands-parents. Hamm, Negg et Nell, au-delà des ressemblances consonantiques, se partagent l’infirmité. Ils sont immobiles et ne peuvent pas marcher. Clov pour sa part, est le seul à pouvoir, encore, user de ses jambes. La survie des trois autres personnages dépend donc de lui. Cette famille représente un microcosme de l’humanité toute entière ainsi que des rapports qu’entretiennent les êtres entre eux. Cela dit, la dimension lugubre de ces rapports et de ces personnalités fait d’eux les représentant d’une humanité en déchéance.

Que dire des acteurs ? Absolument remarquables ! Philippe Catoire a excellemment exécuté le rôle de Hamm ; beaucoup de charisme et une interprétation parfaite d’un père névrosé, satirique et effrayé par sa condition. Jérôme Keen porte, sous sa peau, toute la contradiction de l’être et arrive à communiquer tous les états d’âme que Beckett confie à son personnage, grâce à sa gestuelle et à son jeu corporel. Une superbe présence qui traduit les douleurs nouées et les tentatives rompues. Gérard Cheylus et Marie Henriau ont joué dans une complicité et élégance sans pareil.
Une note spéciale pour Frédéric Morel qui s’est occupé des superbes costumes et Virginie Destiné qui a mis en place un décor fort représentatif et apprécié. La mise en scène de Jean-Claude Sachot a su faire vivre les didascalies et rendre hommage au génie de Beckett, cet auteur qui a su penser le nouveau en apportant de nouvelles images et formes de présences théâtrales.

Fin de partie ou la vie qui prend toujours fin. Un spectacle ou on est confrontés au drame de la vie et de de la mort mais où on s’amuse et rit beaucoup. Une pièce qu’il faut absolument aller voir.

Du 12 novembre 2015 au 13 février 2016,
A L’Essaïon Théâtre.

A propos de l'auteur

Lynda MEGHARA

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