Tea House présente l’histoire d’un basculement culturel. Dans les années 1950, alors que la guerre froide opposait le bloc soviétique aux Etats-Unis d’Amérique, la Corée devient le terrain d’un conflit mettant en jeu le territoire Nord, communiste et le territoire Sud, tourné vers le modèle américain. La Chine communiste est impliquée, ses troupes offrant des pilotes à une aviation soviétique sophistiquée pour l’époque. Yeung Faï montre les impacts de ce conflit sur le spectacle artisanal chinois. En tant qu’héritier d’un savoir-faire artistique traditionnel, il se positionne comme le témoin de la déchéance d’une partie de la culture chinoise, les salons de thé ayant progressivement laissé la place aux karaokés. Le marionnettiste déplore que la fonction littéraire, rituelle et artistique de ces salons, s’efface au profit de la consommation de divertissement. C’est à travers un dialogue entre le manipulateur et ses marionnettes à gaine que Yeung Faï démontre sa thèse : les modes de représentation ont changé. Les salons de thé offraient un écrin à l’exercice du marionnettiste. Celui-ci était inscrit au cœur de la communauté qui fréquentait ces lieux.

Tea House suggère que c’est la guerre qui a détruit ce modèle. La période de la guerre de Corée coïncide avec la forte industrialisation de la Chine. La destruction armée aurait généré des mutations sociales qui cassent les repères traditionnels dans lesquels s’inscrivaient les pratiques artistiques, les empêchant ainsi de se perpétuer. Les marionnettes sont ciblées, elles évoquent la fusion entre l’Homme et sa représentation artistique, victimes simultanément de la brutalité destructrice. Les personnages, sur la scène, se substituent les uns aux autres à un rythme infernal, dès lors que la sérénité du salon de thé est éclaté par le bruit de la guerre. Yeung Faï a bien souvent cet air d’enfant qui joue, alors qu’il saute sur la table et manipule avec célérité et dextérité ses personnages.

Une profonde nostalgie se dégage de ce spectacle, associant les techniques traditionnelles de la marionnette, du décor et de la musique à une posture de jeu plus moderne et satirique. A voir pour les marionnettes de très belle facture et le chant en chinois qui transporte le spectateur.

Du 5 au 29 novembre 2015,
Au théâtre Le Mouffetard.

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