Il y a trois ans, dans presque le même décor sobre d’une chambre à coucher où un grand lit blanc domine la scène, Brigitte Jaques-Wajeman nous a accueilli pour explorer l’oeuvre Tendre et Cruel de Martin Crimp et nous parler de terrorisme. On était stupéfait par la ressemblance frissonnante entre le thème mythologique de l’histoire de Les Trachiniennes de Sophocle et sa projection au monde d’aujourd’hui à tel point qu’on se demandait : est-ce que l’être humain évolue à l’intérieur de lui-même ? Est-ce que le plus profond de nous s’améliore d’une époque à l’autre ? Ou, reste-on toujours si primitifs ?

Trois ans plus tard, on est encore une fois subjugués par la ressemblance entre la pièce de Corneille et notre actualité. Cette fois, Brigitte Jaques-Wajeman dépoussière la pièce de Polyeucte pour nous démontrer à quel point Corneille reste immortel et intemporel dans sa réflexion. Tout en gardant les alexandrins classiques, la musicalité et le rythme du texte de Corneille, elle actualise les costumes et simplifie le décor pour nous éclairer sur notre actualité, sur le terrorisme religieux et sur le désir ardent de mort de certains jeunes à peine initiés à la religion.

A travers l’histoire d’un jeune homme arménien qui, à peine baptisé et converti au christianisme, souhaite détruire les statues et les idoles du polythéisme existant, on imagine et réfléchit sur le monde qui nous entoure… sur la destruction des bouddhas de Bâmyân en Afghanistan, des statues antiques du musée de Mossoul en Irak, des temples de la cité antique de Palmyre en Syrie par des jeunes aveuglés par l’instrumentalisation absurde de la religion.

Le génie de Corneille consiste à peindre minutieusement d’un côté, l’aliénation de l’individu par l’attraction de la mort au nom de la religion; de l’autre, la séduction du peuple par ces martyres. A la fin du spectacle, pour accentuer cette efficacité de l’intégrisme proposée subtilement par Corneille, la compagnie Pandora fait appel à la fameuse citation de Nietzsche : « les martyrs furent un grand malheur dans l’histoire : ils séduisirent », nous proposant plutôt une conclusion obscure qu’un questionnement ouvert sur notre avenir.

 

Du 4 au 20 février 2016
Au Théâtre de la Ville

Le 1er mars à Brive (19), le 14 mars à Alençon (61), le 18 mars à Fontainebleau (77), les 2 et 3 mai à Amiens (80).

 

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