Enseignées à l’école, étudiées à l’Université, transmises de génération en génération et aujourd’hui, jouées au théâtre ; Les Fables de Jean de La Fontaine demeurent, au fil des siècles, d’une grande actualité et suscitent un vif intérêt. L’universalité de leurs enseignements et de leurs moralités ne connaissent pas de bornes. Destinées aux enfants mais pas seulement, les codes qu’elles contiennent s’adressent aussi à un public plus avisé et conscient des dispositions sociales de l’époque passée et actuelle.

C’est sous les traits d’une représentation attractive et impressionnante que la compagnie Tàbola Rassa a choisi de revisiter ces fables. Le duo composé d’Olivier Benoit et d’Alexandre Jean, aborde une quinzaine de fables choisies. Les unes sont très connues du public, les autres un peu moins : La cigale et la fourmi, Le loup et l’agneau, Les souris et le chat huant, le corbeau et le renard …etc. Les deux comédiens prêtent leurs voix à toute une série d’animaux qui s’exprimeront à travers des stridulations, hurlements et mugissements… durant plus d’une heure.

Le spectacle s’ouvre sur l’apparition des deux comédiens vêtus de noir, presque semblables, exécutants une danse complice où ils se montrent complémentaires. Une complémentarité qui sera notoire tout le long du jeu. L’avènement se fait dans un espace en déclin et bordé de déchets : un sac en plastique qui erre d’un coin à un autre au-dessus d’un fauteuil rouge, des emballages et des cartons qui occupent la scène. Une métaphore d’un monde en décadence. Les éléments du décor sont issus du quotidien commun mais détournés de leur usage ordinaire. Un choix qui permet de témoigner que dans un spectacle, la simplicité ne balaie pas la qualité et qu’étant mêlée à de l’inventivité, les objets du quotidien peuvent-être d’une grande symbolique.

Les Fables, traite aussi la question de la destruction de la nature par l’homme et son imposante émission de déchets. Il est question de rappeler le disfonctionnement de la nature et la réduction du monde à la consommation détraquée et maladive. Dans cette pièce, on nous expose des animaux qui boivent dans une bouteille en plastique au lieu du ruisseau, un bœuf représenté par un hamburger ou encore, une vache par une boite de lait.

Le jeu des deux acteurs est travaillé et énergique. L’ambiance est au rendez-vous, la salle est ravie et on y entend, tout le long, des rires aux éclats. Par ailleurs, une question se pose : Est-ce que les transitions entre les fables sont bien repérées et saisies par les spectateurs ? On a du mal, à moins d’être un fidèle connaisseur des fables, à déceler l’achèvement d’une fable et le passage à une autre.

La compagnie franco-espagnole rend hommage à travers ce spectacle aux fables de Jean de La Fontaine avec un usage singulier des objets. Olivier Benoit et Alexandre Jean apparaissaient en marionnettistes maniant, formidablement, les accessoires empruntés à Maria Cristina Paiva. Après un déchaînement de fables et un jeu admirable, la pièce s’achève dans un désordre sans pareil, un déluge de déchets, le chaos. Une belle fin pour une belle transmission.

Au Théâtre de Belleville.

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Lynda MEGHARA

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