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8ème biennale des arts de la marionnette : la diversité des formes génère un éloignement sensible des techniques traditionnelles de la marionnette. Dans La Rivière bien nommée de Patrick Corillon, c’est le livre en tant qu’objet qui fait figure de médiation entre le conteur et le public. Le livre est pris dans sa dimension matérielle, il est un objet d’art, reconnaissable par sa forme mais détourné de sa fonction. Les lettres s’en sont évadées et figurent un peu partout dans l’installation scénique, sur divers supports, papiers volatiles, bonbons etc. Cela semble figurer la fragilité et la volatilité de la parole.

Le conte de Patrick Corillon est l’histoire de son voyage initiatique entre Paris, Bucarest et l’Asie, à la recherche des origines d’un mythe fondateur, ancêtre de tous les Livres, celui de La Rivière bien nommée. En quête du mythe, le narrateur parcourt un triangle géographique, semblant schématiser par trois points, trois états : la mélancolie, la fuite dans le passé et la renaissance.

Le conteur livre son histoire en manipulant de nombreux livres ou morceaux de papier. Le livre s’ouvre et parle, et pourtant, peut-il être considéré comme un personnage ? Cette question, si on la prend de manière diamétralement opposée, nous permet de penser l’auteur lui-même comme un livre. L’homme-conteur, présente lui aussi un inter-texte bien particulier, celui de l’histoire de ses ancêtres à différents degrés, de ses parents aux origines mythiques.

Mystification ou histoire vraie, le conte se déroule sans qu’on ne sache vraiment distinguer le vrai du faux : il semble qu’il y ait une part de récit personnel dans l’histoire, mais orné de merveilleux. Lors du voyage, les personnages rencontrés les plus modestes font figure d’allégorie, le plus souvent des conteurs, chanteurs ou bonimenteurs installés dans un décor aquatique, sur un pont, au bord d’une rivière. Comme le livre, la rivière est un symbole d’abîme révélateur. C’est dans les histoires et le chant populaires que Patrick Corillon aime a chercher la vérité historique.

La Rivière bien nommée a le charme de la mélancolie. Il révèle en particulier les frontières de l’être que le mythe et la poésie, adossés à l’expérience personnelle, permettent d’enjamber.

Par Leila Elyaakabi

A la Maison des Métallos
Dans le cadre de la Biennale internationale des Arts de la Marionnette
Du 5 au 30 mai 2015

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