Il y a de nombreux enfants dans la salle : on pourrait penser qu’il s’agit d’un spectacle pour la jeunesse mais les choses sont plus compliquées que cela … si l’aspect légendaire peut requérir l’attention du jeune public, simultanément il s’est agi d’un important travail effectué sur les textes. La finalité a voulu qu’en peu de mots, un nombre de scènes limité, ils puissent dire l’essentiel d’épisodes se déployant non seulement sur des centaines de pages, mais pris et repris diversement par plusieurs auteurs, si l’on évoque Homère, on peut ajouter Sophocle, Euripide, Hésiode, Virgile, etc. Le défi n’était pas simple, exigeant la clarté de l’exposition, la rapidité des transitions, le respect de certaines situations et l’allégresse narrative.

la-guerre-de-troie-en-moins-de-deuxcredit-l4-copieEn outre, l’épopée n’est appuyée par aucun outil commode à la figuration, une grande table et des chaises qui doivent signifier tour à tour, muraille, cheval, épées, cela pourrait accuser dénuement ou dureté économique mais devient support imaginaire d’une manière si efficace et aisée qu’il faut presque devoir l’écrire pour s’apercevoir que des objets banalement quotidiens ont revêtu le temps d’une mise en scène des attributs hétéroclites.

Par-dessus ces contraintes en existait une autre bien loin d’être mineure, personnages (Hélène, Ménélas, Hector, Achille, Iphigénie…) et situations (les grands épisodes de la guerre, les couples faits et défaits, les sacrifices…) revêtent des tours connus et supposent des phénomènes d’attente de la part des spectateurs. Il convenait à la fois de plaire, par une évocation convenue du mythe, et de désappointer en bousculant cette tradition. La pièce apparaît donc là, dans cet espace qui la limite et où elle revendique son déploiement propre, un rythme, un rire, une énergie exceptionnelle.

gLes sept protagonistes (on peut user de ce terme puisqu’incarnant tous les rôles ils sont chacun secondaire et principal), le huitième étant le pianiste, s’emploie à recomposer de manière fantaisiste et libre les héros de l’antiquité dotés pour la circonstance d’une actualité vivifiante. Leurs débats et leurs antagonismes ont une ressemblance remarquable avec les nôtres. Tout va vite, tout est enlevé, mais hors de toute concession puisqu’il n’y a pas de dialogue, les unes et les uns sont des récitants qui décrivent les grands moments de cette histoire comme le ferait un narrateur. Telle est l’exigence derrière la légèreté c’est pourquoi les enfants pourront se prendre au jeu moyennant qu’ils ne soient plus si enfants que cela ou qu’ils aient été quelque peu préparés.

Texte et mise en scène: Eudes Labrusse

Mise en scène : Jérôme Imard

Avec Catherine Bayle, Audrey Le Bihan, Hoa-Lan Scremin, Laurent Joly, Nicolas Postillon, Loïc Puichevrier, Philipp Weissert et au piano Christian Roux

Musique de scène Christian Roux, Costumes Cécile Pelletier et Aurélie Penuizic, Lumières Laurent Bonacorsi. On sera sensible également aux costumes dont l’ingéniosité signifiante certes évoque la tunique grecque ou la cuirasse, mais pourrait passer pour une pièce de mode dans la société contemporaine. 

 

Du 2 mai  au 10 juin 2018 (Du mardi au samedi à 20h, le dimanche à 16h – relâche le lundi1h20 sans entracte – conseillé à partir de 9 ans)

Au Théâtre 13.

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