Suite de notre entretien avec les comédiens Alexandre Moisescot et Julien Bleitrach de la compagnie Gérard Gérard. Où l’on parle de leur dernière création SurMâle(s, de la place de l’homme dans notre société, de l’amour éternel, de l’humour grinçant et des reprises de Johnny Hallyday dans les karaokés de Belleville.

[première partie de l’entretien]

SurMâle(s est votre dernière création qui a été jouée début février à Paris, est-ce que vous pouvez nous présenter le projet ?

A : En fait il y a deux choses. Il y a le spectacle c’est-à-dire la forme, où là on avait envie de se lâcher un peu et de se dire « produisons une forme où notre démarche va être de ne pas se poser de questions et de vraiment se faire plaisir et voir ce qui sort ». Donc on a relié ça aux surréalistes qui est un mouvement qui nous inspire pas mal, même beaucoup. Sauf qu’en fait ce principe surréaliste de lâcher-prise, de flinguer le cerveau pour laisser les formes apparaître et laisser aussi les rêves, notre psychologie se lâcher complètement – pas partir d’un texte etc. – on le fait très peu en théâtre, et là on avait envie de se donner cette espèce de cour de récréation où tout est permis y compris nos rêves à nous. Donc c’est un peu parti de là c’est-à-dire « ah Julien, de quoi tu rêves ? » « ben jsais pas, moi je rêverais d’une grande scène. Et toi de quoi tu rêves ? » « ben moi j’ai envie de chanter du Johnny, j’ai envie de me prendre pour une rock-star » « ah j’ai envie d’un dialogue comme ça »… Mais à quoi ça rime ? On s’en fout ! On essaye on essaye on essaye.
Et toujours sur la forme, c’est aussi l’équipe de Pyrame et Thysbé qui avait envie de lâcher Pyrame et Thysbé pour faire un nouveau truc plus classe, plus dessiné, plus en lumière, plus rythmique, plus chiadé, plus technique aussi. Quelque chose qui ressemble plus à une claque dans ta gueule que Pyrame et Thysbé qui reposait sur une ambiance mais qui n’était pas très mis en scène, pas très écrit.
Et après il y a le fond. Et le fond est venu de la forme, c’est-à-dire qu’à force de se lâcher il fallait essayer de rabibocher, de voir de quoi ça parlait finalement, quand on se lâche de quoi ça parle. C’est un peu comme une psychanalyse, tu te lâches vraiment tu dis n’importe quoi, tu prends le recul et tu dis « mais en fait je parle de ça et je ne m’en rendais pas compte ». Donc comme il y avait les surréalistes on a tout de suite pensé à Jarry avec SurMâle(s, et SurMâle(s c’est un truc qui nous parlait par rapport à la position des hommes dans notre société, où on est des surhommes. Par exemple moi, je suis avec [montre ses enfants] Valerio en costume de Spiderman, en même temps j’ai mon bout de trois mois dans la poussette, je suis en train de faire une interview… Il y a ce côté-là dont on a l’habitude avec les femmes, qui est un peu considéré comme « normal », une nana doit travailler, doit s’occuper des gosses, doit faire douze-mille trucs en même temps. On a l’impression que ça devient aussi un peu pareil pour les mecs, que la société actuelle nous demande beaucoup beaucoup beaucoup, qu’il faut toujours plus plus plus plus plus, qu’il faut des surhommes. Et en même temps quels sont nos rêves là-dedans, nous on a peut-être envie d’être plus que ce qu’on est. On a peut-être envie d’être de meilleurs artistes que ce qu’on est, on a peut-être envie d’être de meilleurs pères de famille que ce qu’on est, on a peut-être envie d’être de meilleurs amants que ce qu’on est, on a peut-être envie de pouvoir voyager malgré tout ça ou de pouvoir carrément changer le monde. Donc on questionne notre limite par rapport à nos rêves, à nos idéaux, et notre limite en tant qu’homme et en tant que mâle, c’est-à-dire par rapport à la femelle. Aujourd’hui on est un peu paumés là-dedans, d’un côté le métrosexuel, l’homme parfait qui fait la cuisine etc., puis dans les magazines féminins quand on regarde quels sont les hommes qu’elles préfèrent en fait c’est le macho qui fait de la plomberie.

J : Aujourd’hui ce n’est pas évident de savoir se situer, ni d’avoir des prises de position qui soient claires, tout est une peu nivelé donc c’est difficile d’avoir envie de revendiquer quelque chose de fort, de beau, parce que c’est dur d’y croire. Et pourtant, on a envie d’y croire. Que ce soit nous par rapport à ce qui nous entoure, ou nous avec nous-même. De rêver aussi, juste d’avoir des envies, des rêves, des désirs qui nous dépassent et qui nous transportent. C’est notamment pour ça que dans SurMâle(s on parle du monde en toc, parce que ça nous a paru assez flagrant qu’aujourd’hui du jour au lendemain t’es capable de tout obtenir, avec Amazon t’as envie de quelque chose tu le commandes, avec internet t’as envie de partir au Cambodge et de voyager en deux temps trois mouvements tu prends ton billet d’avion et tu peux y aller, et donc finalement comme tout est « obtenable » très facilement, est-ce que c’est encore possible de rêver comme avant ?

A : Et là on parle de services ou de produits, mais on peut aussi parler de gens. Par exemple pour SurMâle(s à un moment donné j’ai interviewé des nanas en leur demandant quel était pour elles l’homme idéal. Et c’était une super jolie nana, une petite pépette mexicaine de trente-cinq ans qui me dit « moi j’habite en France et franchement j’ai l’impression d’être un produit de supermarché ». Elle me parle de son aventure et donc elle va sur AdopteUnMec, elle va sur Tinder et ce genre de trucs et là c’est pareil. C’est-à-dire que ce soir j’ai envie de tirer mon coup, je vais sur Tinder je fais [mime un smartphone] « hum non non non non, ah oui elle peut-être », c’est vite-fait c’est… Du coup même l’amour si on veut – parce que Tinder c’est pour tirer un coup, mais AdopteUnMec c’est pour avoir une relation – même le rêve amoureux, dont il est quand même vachement question dans le spectacle, est aujourd’hui consommable. Alors nous on est encore aux prémisses de ça, c’est le début de ces choses-là, mais [désigne ses fils] lui, ou lui ça va être leurs premières expériences… Donc, qu’elle image de l’autre tu as quand tu peux l’avoir en deux secondes, en cliquant.

J : Et encore, ce qui est flippant c’est que finalement tu peux consommer l’autre en deux secondes mais à partir du moment où il te fera des reproches ou quelque chose qui ne te plaira pas, tu pourras le zapper et en prendre un autre. Donc où est-ce qu’elle est la relation amoureuse là-dedans, où est-ce qu’elle est la réelle rencontre de l’autre, dans le cas où tu peux avoir seulement le positif et pas le reste.

A : Je ne sais plus qui a dit ça, il y a une citation que j’ai lue dans un bouquin sur l’humour où le mec dit « c’est terrible, tous les rêves sont par terre la seule chose qu’il nous reste c’est l’amour. On est pas dans la merde ». Et c’est un peu ce qu’on fait dans SurMâle(s. Dans la première partie du spectacle on passe notre temps à démonter les rêves consommables pour dire que finalement la seule chose qu’il nous reste c’est l’amour, avec Superman handicapé qui nous prouve que l’amour n’existe pas que c’est juste un truc hormonal qui est voué à crever, et nous un peu couillons qu’on est, en fait on a envie d’y croire. Julien s’est marié il y a deux ans, et moi voilà, l’amour transi l’amour éternel on y croit, et je sais pas à quel point on est soit complètement dans notre époque parce qu’aujourd’hui il y a plein de jeunes qui se marient, qui sont moins libertins que les soixante-huitards et moins désabusés que les années 80-90, ou si justement on est complètement à côté de notre époque qui est dans la consommation permanente y compris de l’être humain.

C’est certainement qu’il y a une espèce de fragmentation. Comme vous dites qu’il y a des figures très multiples de l’homme idéal il doit aussi y avoir des figures très multiples de comment on peut vivre l’amour, et il faut se retrouver parmi toutes ces possibilités.

A : Finalement dans les deux scènes de fin, si on réfléchit bien il y a : l’amour filial qui est abordé avec Matéo qui n’est pas là, l’amour amical qui est entre nos deux personnages et aussi nous réellement, et ces deux vieux – on ne sait pas si c’est des amis ou des amants – mais c’est-à-dire l’amour… le long amour quoi, la longue histoire d’amour. L’amour presque d’un couple marié. Et ces trois sphères, amour filial amour amical et amour marital, on sent dans la manière dont on les traite que ce sont des choses qui prennent des coups, qu’elles ne sont pas restées des diamants parfaits. Le fils est pris un weekend sur deux, l’amical c’est parce que l’autre est complètement désespéré qu’on le prend par la main, l’amour marital il y a alzheimer derrière c’est quand même un suicide qui se dessine. Mais néanmoins j’ai l’impression que c’est un peu ça qu’on défend, une certaine forme de fidélité, en tout cas de profondeur où on se dit ben ouais, c’est pas idéal, et on prend des coups dans ces histoires-là mais ce sont des histoires profondes. Plutôt que du consommable et du kitsch et du toc et du MacDo et du Tinder et compagnie.

J : Mais à propos des figures multiples dont tu parles, le truc c’est qu’aujourd’hui on est « capables » de travailler chaque figure. Tu veux être bricoleur, tu vas aller regarder sur internet comment bien bricoler. Donc aujourd’hui on nous demande d’être toutes ces figures à la fois, quelque part parce que ce n’est pas très compliqué de pouvoir comprendre les ficelles qui font que tu peux être un mec sensible, qui font que tu peux être un bon cuisiner et un bon bricoleur. Donc on a cette sensation-là que ce n’est pas à nous de choisir, qu’on n’a pas à choisir et qu’on doit être tout à la fois.

Vous parliez des différentes formes d’amour présentées dans le spectacle, qui sont des amours cabossées, douloureuses. Mais les scènes rassemblent également d’autres éléments très hétéroclites – qui font référence autant à la culture populaire avec Superman ou Johnny, qu’à la politique, aux médias ou aux différentes formes de pouvoir – tous mis à mal, d’une manière satirique. Quel est votre avis quant à la place de la satire au théâtre aujourd’hui ?

J : Je pense qu’avec la satire, avec le fait de pouvoir se moquer, de pouvoir caricaturer, on se rassemble tous autour d’une complicité. On ne prend pas ça pour argent comptant. C’est compliqué au théâtre de proposer une scène, de proposer un spectacle avec un message qui soit clair, qui soit blanc ou qui soit noir ou qui soit gris, parce que tout d’un coup ça fait très donneur de leçons. Donc c’est vrai qu’en mettant un humour, un second degré, au moins le message est clair : voilà, on va parler de ça mais après à chacun de voir ce qu’il veut voir et de démonter, d’analyser la situation. Par exemple, notre scène avec les politiques on s’est raconté qu’elle se passe sur un plateau télé ultra bling-bling et très paillettes, donc extrêmement faux, et ça nous permet de proposer une critique de la télé, de l’utilisation des médias.

A : Et une critique des politiciens. Parce que le journaliste devient le Premier Ministre du mec dont il a fait la promo. Et ça c’est quand même très drôle si on veut, sauf que ça se passe dans la vie ! Je pense qu’il y a plein d’éléments dans notre spectacle qui appartiennent à la satire, parce qu’en fait on est très denses, c’est-à-dire que les choses s’accumulent. SurMâle(s fonctionne sur un système d’accumulations. Très rapidement le Superman devient handicapé, les choses se télescopent super vite. Par exemple, j’étais avec Valerio au château de Carcassonne, donc il était en Spiderman, il me demande une épée de chevalier et il a un tatouage La Reine des Neiges. Et c’est ça aujourd’hui ! Tout est complètement aggloméré. Donc ça vient d’un côté satirique mais en fait on est dans une époque comme ça. Je pense que le rythme du spectacle correspond au rythme de notre époque, où tout va vite : « ah l’ennemi c’est Daesch ! Oh putain salauds de terroristes ! ». Attends mais qui l’a financé, d’où sort Daesch exactement ? On sait pas, on s’en fout, on va plus vite que ça. Et tout est une caricature.
A propos de la satire, pour moi le truc le plus énorme du spectacle c’est quand [s’adresse à Julien] tu fais la remise des Oscars et qu’on revient en handicapés, là les gens craquent parce qu’en fait c’est de l’humour grinçant, sur de l’humour grinçant, sur de l’humour grinçant. Ce n’est pas de la farce bon enfant, Beaumarchais à l’époque qui inversait le rôle de maître et esclave, ce n’était pas juste de la comédie, il y a un message derrière tout ça, ça pique. Et je le vois dans cette scène-là particulièrement, là c’est la scène de trop. On arrête de rigoler, ça devient carrément ultra glauque. On fait de l’humour un peu noir, un peu grinçant, sauf qu’on l’accumule. Et on s’est souvent dit ça tous les deux : c’est un spectacle violent, sombre, qui a des allures de comédie. Mais en fait ça ne fait que grincer, jusqu’à un moment où ça grince trop et là il y a une espèce d’explosion de confettis pour ensuite basculer dans quelque chose de beaucoup plus sensible et de beaucoup plus doux. Mais c’est vrai qu’avec Tempête on a fait l’expérience d’un spectacle qui est un peu sérieux et du coup on nous a fait ce reproche de donner des leçons, et ça n’a jamais été trop notre délire, notre délire c’est plutôt de pointer du doigt des choses dont tout le monde est au courant. Tout le monde est au courant de ce dont on parle mais le fait de les montrer comme ça et de forcer le trait, les gens le prennent beaucoup plus dans la tronche.

Deux figures s’opposent constamment dans SurMâle(s, celle du parfait gagnant (le politicien qui va devenir président, Superman) et celle du looser (l’imitateur de Johnny qui enchaine les pauvres reprises dans des restos miteux, le père divorcé qui vit mal son divorce). Qu’est-ce qui se joue dans ce positionnement entre homme fort et homme faible ?

J : Ce qui nous a plu c’est de mettre l’homme fort dans toutes ces situations-là. C’est-à-dire que même le personnage qui est identifié comme un looser, quelque part par sa croyance, par la manière dont il réalise sa vie, ses rêves et ses désirs, pourrait aussi être pris pour un héros. Donc le chanteur qui va venir être la star d’un soir par semaine et chanter du Johnny Hallyday, quelque part il a ce côté-là de héros, il a cet héroïsme-là. Le père de famille qui va prendre son enfant un weekend sur deux et qui va s’en occuper comme un héros, ce sera un héros dans sa vie, même si à un moment peut-être qu’il sera face à une réalité où son enfant ne veut pas le suivre parce qu’il veut rester avec maman et que maman a un nouveau papa qui lui va très bien. Là ça pourra le blesser, l’affaiblir, mais finalement on trouve que même dans les loosers il y a quelque chose de beau et d’incroyable.

A : C’est exactement ce que j’allais dire, et je rajouterais même que par exemple le looser de Johnny, moi j’ai claqué le putain de costume mais vraiment, j’ai claqué mon budget costume dans la veste, je m’applique vraiment à chanter, et pourtant les gens l’identifient quand même comme un looser parce qu’en face il y a un mec qui lui défonce la gueule, mais en fait il est loin d’être un looser.
Je dirais aussi qu’on est tous le looser de quelqu’un. Moi par exemple là j’arrive avec mes deux enfants, je peux très bien sortir du train, j’aurais quatre valises avec, j’aurais l’air d’un gitan, tout le monde dira mais qu’est-ce que c’est, le mec qui respire la galère, et pourtant pour moi c’est pas la loose au contraire. C’est arriver à dompter le quotidien avec toutes ses emmerdes, et peut-être que de l’extérieur comme ça tu te dis oh le pauvre gars il a pas sa limousine il a pas son chauffeur il a pas son porteur de bagages il a peut-être pas le permis j’en sais rien, mais en même temps c’est des mecs qui luttent pour garder leurs rêves.

J : Dans les étapes de création du spectacle à un moment on voulait parler des morts bêtes, ou des morts insolites plutôt. Il y a un personnage qui nous fascinait, dont on ne parle plus dans le spectacle mais qui s’appelle Franz Reichelt et en 1912, il est tailleur de profession et il saute du premier étage de la Tour Eiffel avec un manteau-parachute qu’il a inventé lui-même. Et il tombe de manière assez lamentable. Et la vidéo de lui qui enjambe la rambarde et qui saute dans le vide, ça en fait un héros parce qu’en plus à cette époque-là le temps de film était compté donc il a très peu de temps pour se décider, et force est de constater qu’il n’hésite quasiment pas, qu’il enjambe et qu’il saute. Et voilà, ça en fait un héros, et pourtant il perd. Mais il gagne.

A : C’est extrêmement touchant en fait, la plupart des gens qu’on appelle des héros dans la mythologie française sont des tyrans. On pense à Napoléon, je sais pas moi, on pense à Steve Jobs si on veut mais c’est tous des tyrans. Alors que ces mecs-là sont des gens qui ont des rêves complètement dingues, qui vont jusqu’au bout, qui vont risquer leur vie pour prouver ce truc-là, c’est quasiment des artistes. Enfin c’est des artistes. Nous ça nous a vachement touché ça. Et ok ils ont loosé, mais par contre là où ils n’ont pas loosé c’est qu’ils ont essayé vraiment, même au péril de leur vie un rêve complètement dingue. Ce qu’on se disait c’est qu’aujourd’hui qui ferait ça ? Les mecs qui sautent aujourd’hui ils sont sponsorisés par Red Bull, il y a dix mille caméras, ils ont des scientifiques qui bossent à la précision de la chute etc. C’est presque plus du rêve en fait.
Et nous ça nous parle aussi de manière plus humble, par exemple on s’est lancés dans un long métrage sans production. Pour moi c’est aussi un truc héroïque. Parce que ce n’était pas un petit film tourné dans un appartement dans un salon réaliste. C’était un film avec des effets, un film fantastique qui se passe dans un autre monde, et quand même ces aventures-là on les fait. Et souvent on les fait parce qu’on est en groupe justement. Moi tout seul j’aurais pas pu dire je fais mon film, je connais personne je trouverai des acteurs qui bossent gratos, j’en ai rien à foutre, ça n’aurait jamais tenu quoi. Ça tient parce que derrière il y a le lieu, qui est notre QG, ça tient parce que la compagnie est un groupe qui est soudé depuis dix ans, et qu’au challenge complètement fou de se dire on essaye d’aller au Festival de Cannes avec ça, la réponse c’est « ok banco ». Donc ça nous rapproche un peu de ces idéalistes-là, et d’ailleurs quand eux [désigne Julien] sont sortis de l’école c’était : « ne faites pas ça. Ne faites pas une troupe. Vous allez vous viander. Mieux vaut faire une carrière solo chacun ». Et quand même on l’a fait, et comme je disais ok on a pris des coups, ok c’est pas forcément facile tous les jours mais quand même il y a ce rêve qui nous porte. Il y avait ce côté « vous êtes des idéalistes ». Hé ben oui, on est des idéalistes et on aime les idéalistes.

J : C’était un soir à Paris, on était avec des amis dans un karaoké en sous-sol, qui est plutôt ambiance boite de nuit seconde partie de soirée, au début c’est musique d’ambiance et à un moment ils lancent le karaoké. Et le mec qui a lancé le karaoké a fait du Johnny Hallyday dans l’escalier qui remontait – donc en plus il dominait tout le monde – et il l’a fait à fond. Et juste après – il était venu tout seul au karaoké – juste après il était crevé de ce qu’il avait fait, et il regardait tout le monde, il s’était remis à notre niveau, et les gens reprenaient leur soirée et en plus les gens étaient en groupe, donc lui, il respirait la solitude, et j’ai trouvé ça… enfin c’est vachement beau quoi. Le mec il vient le samedi soir, il fait sa musique il fait ses deux chansons, et il était pas le seul. Il y avait une autre femme, qui elle chantait de l’Edith Piaf, et elle a pris le micro trois ou quatre fois et pareil, elle venait faire du karaoké toute seule, et avoir son quart d’heure de gloire avec elle-même, où elle était vraiment elle et Edith Piaf à chanter son truc avec d’autres gens, mais les gens qui l’entouraient n’étaient pas ses amis. Et je trouve ça vachement beau. Et surtout le mec quoi, qui après avoir chanté du Johnny Hallyday qui était crevé et qui pfouuu regardait tout le monde et voilà, il s’était fait du bien.

A : Il y a un truc aussi par rapport à l’amour là-dedans. C’est-à-dire que ce qu’on trouve beau c’est justement ça, cet idéal. On sait tous qu’aimer quelqu’un pour la vie par exemple, il y a des gens qui vont dire mais c’est peine perdue mec, ça n’existe plus, t’es dans la fantasmagorie médiévale quasiment. Et en même temps c’est ce genre de défi qui nous plait. Il y a un mot qu’on n’utilise jamais dans le spectacle, qu’on n’a jamais mis dans le dossier et qui je trouve là en en parlant devrait être écrit, c’est « courage ». C’est que dans SurMâle(s il y a un côté « le courage de ses rêves ». Même si tout le monde trouve ça ridicule.

©Pamela Madaleno

©Pamela Madaleno

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