Et pendant ce temps, Simone veille !

Le hasard qui fait que la pièce soit jouée à la Comédie Bastille supporte parfaitement l’alliance trouvée entre la dimension du rire et ce que symbolise la Bastille de revendication, d’abolition des privilèges, de référence historique et donc de contenu. Car tel est l’enjeu de la pièce de savoir avec beaucoup de vivacité et d’humour traiter un sujet véritable, récapituler des combats et des dates, donc ne pas s’en tenir à un pur divertissement, mais aborder au contraire une histoire du féminisme avec ses aléas et ses acquis fragiles. Car le mot Bastille, s’il revêt cette dimension frondeuse, rappelle honteusement que l’égalité ne fut jamais celle des sexes et que la révolution n’a touché que des classes. Mais laissons de côté cette référence accidentelle, puisque le propos ne décrit de toute manière que la période contemporaine, depuis les années cinquante jusqu’au XXIe siècle.

Quatre générations se succèdent, de femmes issues de milieux différents, éduquées selon des principes et des attentes différents et pourtant unies par une même condition celle qui fait d’elles des mineures au regard de la loi. Tandis que les trois représentantes du monde ouvrier, de la petite et de la grande bourgeoisie jouent leur rôle, Fabienne Chaudat, dite Simone, recense les grands moments de cette lutte de libération avec le sérieux d’une chroniqueuse et la gouaille d’une entraîneuse, lapsus, équivoques, dérapages, ses rappels ponctuent la pièce et lui donnent en même temps son rythme et sa tonalité libres.

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Difficile de résister en effet à ces enchaînements serrés, qu’il s’agisse des réparties, des jeux de mots, des chansons de variété aux paroles détournées, les comédiennes, Trinidad, Agnès Bove, Anne Barbier, sont convaincantes et le public est convaincu. Cependant le parcours ascendant qui fait accéder les femmes au compte en banque, au travail rémunéré sans l’accord du mari, à la contraception, à l’avortement, s’il retrace quelques décennies victorieuses est contrebalancé par une vision plus amère, celle des années 90 jusqu’à nos jours. Les petites-filles sont préoccupées de chirurgie esthétique, font reposer la séduction sur des stéréotypes du féminin ravageur et inventent n’importe quel recours pour accéder à la maternité. Le présent est peu lisible, tissé de contradictions, faisant craindre que ne soient remis en cause des droits obtenus à la suite de débats opiniâtres. D’ailleurs, la conclusion sur les femmes et les hommes en forme de paradoxes insolubles enchaînés avec volubilité et virtuosité souligne bien la confusion qui règne : il ne reste qu’un conseil adressé à la salle que femmes et hommes justement travaillent ensemble à leur égalité. Les images de Simone Veil défendant l’IVG s’entendent comme un ultime hommage.

La programmation s’étale dans la durée, il faut donc prendre son billet, aller partager cette ferveur et soutenir une création totale, ce n’est pas si facile d’inventer des textes neufs pleins de légèreté et d’audace, pleins d’enseignement et de références qui vous somment d’être là à sourire et fredonner, à retenir une larme, à s’armer de résistance, ce n’est pas si facile, aussi doit-on l’encourager.

Auteur : TrinidadCorinne BerronBonbonHélène SerresVanina Sicurani 
Artistes : en alternance: Benedicte ChartonAgnes BoveAnne BarbierFabienne ChaudatTrinidad
Metteur en scène : Gil Galliot 

Jusqu’au 30 juin 2018 ( Du jeudi au samedi à 21h. Dimanche à 17h).

A La Comédie Bastille ( 5 rue Nicolas Appert 75011 Paris).

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