Un bras et une jambe juchés sur un sofa, l’autre partie du corps s’étalant, on le devine, sur le sol. Le téléphone sonne, les membres se rassemblent et une voix se laisse entendre: forte, volubile, pleine de bagout et laissant traîner les syllabes (juste ce qu’il faut pour indiquer un marqueur social). On entre dans le monde de Dorothy Parker. Écrivain des années 50, critique, scénariste, poétesse, nouvelliste – elle était investie d’un engagement militant dénonçant la société puritaine américaine de l’époque. Accusée de collusion communiste, elle fût blacklistée d’Hollywood par la chasse aux sorcières du Mac Carthysme.

Fille d’un riche entrepreneur, elle parla avec dérision de la fortune de son père bâtie sur le travail des ouvriers. Cette contradiction la suivit sa vie durant car sans le sou, elle n’en sera pas moins affublée de robes Dior, de bijoux et Chanel n°5, vivant souvent aux crochets de ses riches amis. Baignant dans le luxe tout en dénonçant les injustices. Elle mena une vie agitée, tentant plusieurs fois de mettre fin à ses jours. Alcoolique notoire, sa bouteille de whisky ne traînait jamais trop loin d’elle. Sa vie sentimentale n’en fût pas moins tumultueuse, horrifiée par ce qu’elle nommait les femmes d’intérieur et incapable de vivre avec ni sans celui qui fut son complice de toujours, Alan Parker, dont elle divorça… avant de se remarier avec lui. Personnage tragi-comique, à la fois loufoque et désespérée, elle court après un roman qu’elle n’écrira jamais, une vie qu’elle consume sans jamais réussir à vraiment la saisir.

La comédienne qui interprète Dorothy Parker, Natalia Dontcheva, est juste, dynamique et pleine de ressources. Elle incarne fort bien ce personnage qui pleure et rit d’elle en un même souffle. Cependant, le spectacle, lui, tend à s’essouffler quelque peu. Les coups de gueule et les bons mots du personnage ne suffisent pas à nous tenir en haleine. Le propos manque d’intrigue. On se sent enfermé dans une chambre d’hôtel avec une histoire qui se répète au téléphone. On nous parle d’une vie riche et tumultueuse mais on nous la raconte plus qu’on nous la montre et cela est difficile de trouver un entrain renouvelé, cadenassé dans un huis-clos qui piétine un peu.  »

 

Du 04 mai au 25 juin 2016

Au Théâtre Lucernaire

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