Une île qui garde l’imaginaire en éveil

Dans les mises en scène de Philippe Quesne, le texte n’est presque jamais préétabli, c’est le thème qui induit la forme, la musique qui rythme, oriente la mise en scène et le dispositif scénique qui conditionne le jeu d’acteur : « La partition sonore me donne les principaux repères. Je ne nourris pas les acteurs d’indications psychologiques, mais musicales. Il n’y a jamais de manuscrit avant de commencer les répétitions. Par contre, il existe des morceaux de musique, des chansons qui donnent le climat ou l’émotion ».

kAyant une formation de plasticien, Quesne conçoit la scénographie comme une manière d’écrire un spectacle, un dispositif qui pourrait, selon lui, éventuellement imprégner les acteurs, nourrir leur jeu scénique en leur offrant de nouveaux rapports avec l’espace, de nouvelles situations d’interaction l’un avec l’autre. Dans ces spectacles, il crée des différents « vivarium » scéniques dans lesquels il mélange le réel et l’artificiel, la vraie nature et les faux éléments de la nature, un plateau réellement noyé dans l’eau et l’île, vêtue de fausse végétation, de cocotiers en plastique.

gDès que les lumières de la salle baissent, Philipe Quesne frappe notre imaginaire nous plongeant dans une séquence magique. Dans le noir de la salle, les fumigènes créent des masses blanches visibles qui suggèrent les nuages et donnent l’impression aux spectateurs d’être suspendus quelque part, dans la nature, la tête dans les nuages. Après cette séquence vraiment féerique, nous apercevons, côté jardin, les lumières clignotantes émanant de la carcasse d’un avion dont un groupe de rescapés essayent de quitter la carlingue ; côté cour, une île paradisiaque, couverte de végétation. D’un côté la quiétude apaisante de la nature; de l’autre un tas de valises qui polluent les eaux. Nous comprenons qu’un accident aérien a projeté les acteurs sur scène, propulsant une communauté de rescapés dans de nouvelles situations, de nouvelles inquiétudes. Or, dès qu’ils quittent la carlingue, contents d’être toujours en vie, assis parmi les valises plongés dans l’eau, ils se mettent à taper sur les valises, à inventer des rythmes et à chanter à la vie. Nous sentons qu’il y a un espoir, un désir de progresser ensemble, de trouver un issue.

nDans Crash Park, la vie d’une île, il y a un va-et-vient incessant entre la nature et l’humain, la scénographie et le jeu d’acteur qui nous renvoient à notre rapport à la nature, à l’environnement, à l’écologie, qui nous rappelle les préoccupations écologiques et environnementales qui alimentent le travail du metteur scène. C’est exactement ces préoccupations qui sont au centre de cette pièce, l’île conditionne la manière d’être et de réapprendre à vivre des survivants et ces derniers apprivoisent, transforment l’île à leur propre guise. Ainsi, au cours de la pièce, l’île évolue, les habitants aussi, la plantation de cette ile paradisiaque est remplacée par des ouvertures de bars, de fenêtres d’appartement perpendiculaires à la pente qui donnent sur l’intimité des habitants de cette île. Nous assistons en très peu de temps à l’approvisionnement de la nature par les humains qui veulent seulement s’adapter aux nouvelles conditions.

Le choix des costumes suggère que les époques s’entremêlent, comme si les acteurs voulaient nous démontrer que nos aventures, nos relations avec la nature sont cycliques. Plusieurs générations ont évolué, évoluent et évolueront peut-être dans cet univers. Tout dépend de nous et de nos futurs choix environnementaux… D’où notre questionnement, ce spectacle ne serait-il pas un peu trop couteux pour justement observer et parler, entre autres, des préoccupations écologiques de la société contemporaine ?

Création 2018 : Avec le soutien de la fondation d’entreprise Hermès dans le cadre de son programme New Settings

Conception, mise en scène et scénographie : Philippe Quesne

Avec : Isabelle Angotti – Jean-Charles Dumay – Léo Gobin – Yuika Hokama – Sébastien Jacobs – Thérèse Songue – Thomas Suire – Gaëtan Vourc’h

Du 20 novembre au 9 décembre 2018

Au Théâtre Nanterre Amandiers.

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