Corbeaux de la chorégraphe Bouchra Ouizguen.

Une troupe d’une vingtaine de femmes entre vingt et soixante-cinq ans s’installe sur un espace vide. Un lieu ouvert, une place ou un lieu où la circulation est impossible, ni la réunion symbolique d’individus de différentes classes d’âges et de niveaux sociaux différents. Comme la mixité des sexes que les espaces publics autorisent d’habitude.

L’une après l’autre, de manière aléatoire, elles s’approprient un endroit. Elles ne se regardent pas, mais elles sont ensemble. Soudain un cri plaintif, profond, utérin. Les têtes se mettent à se balancer d’avant en arrière, un geste répétitif, qui s’accompagne d’une litanie chorale. C’est troublant et émouvant. On commence à approcher le cercle cérémoniel, on est presque obligés de le faire, la transe se révèle ainsi une expérience individuelle qui ne se produit qu’en présence des autres, malgré la présence de spectateurs restés assis.

Ce spectacle a été créé sur le parvis de la gare de Marrakech en 2014. Pour la première fois représenté en Europe au Kunsten de Bruxelles en 2015. Et enfin en France en 2016, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris et proposé en accès libre pour la réouverture après travaux du Centre national de la Danse de Pantin. Initialement, Corbeaux appartient à l’espace public, mais nous avons eu l’occasion de le voir une première fois au Théâtre de Gennevilliers et une deuxième fois dans la Cour carré du Louvre en octobre.

Ce beau travail dure de vingt minutes à une heure environ. Tout dépend des femmes, qui peu à peu s’arrêtent, l’une après l’autre, et s’en vont, dans le silence. Puis elles reviennent, dansant et émettant des cris de joie, et repartent.

Une expérience qui ont habité cette spectatrice en lui rappelant qu’en Islam, il y a la voix transcendante, celle de la loi, et la voix du cœur, immanente, qu’est le soufisme. Source commune, le Coran qui explique aux croyants comment vivre dans le monde en relation à Dieu. Le soufisme a cherché des chemins plus intimes pour se rapprocher des grandes réalités divines et a influencé des rituels différents qui ont comme but une relation spirituelle à Dieu par le cœur, par l’intérieur. Corbeaux nous rappelle qu’il y a des gestes, des mouvements, des pratiques de méditation en action qui peuvent nous reconnecter avec le plus profond de notre être. C’est ainsi que Corbeaux, nous semble une expérience qui fait partie de ces rituels à médiation corporelle, telle que la transe pratiquée par les adeptes du mysticisme extatique maghrébin.

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