Présentée à sa création comme une tragi-comédie, la fameuse pièce de Pierre Corneille est jouée pour la première fois à Paris, au théâtre du Marais le 7 janvier 1637. Le succès de la nouvelle création du Grand Corneille est considérable, mais ne met pas pour autant son auteur à l’abri de critiques féroces. Ainsi, ses détracteurs lui reprochent d’avoir choisi un sujet qui non seulement n’est pas de l’Antiquité, mais en plus il trahirait la France par son thème espagnol (à l’époque la France est en guerre contre l’Espagne). Le dramaturge finira par modifier sa pièce en 1648 en supprimant l’humour et en se concentrant sur le côté tragique.

Maintes fois étudiée en milieu scolaire, est-il nécessaire de rappeler l’intrigue de Le Cid ?
Pour les adeptes de l’école buissonnière, voici une petite antisèche :

Rodrigue et Chimène, jeunes gens issus de grandes maisons espagnoles doivent se marier. Mais une querelle éclate entre leurs paternels. Le père de Chimène donne un soufflet au père de Rodrigue, don Diègue. Celui-ci, trop vieux pour se venger, somme son fils de réparer l’honneur de la famille en tuant don Gomès, le père de Chimène. Rodrigue, en proie à un dilemme terrible, est tiraillé entre son amour pour Chimène et la nécessité de venger la dignité de son père. En fils modèle, Rodrigue obéit aux injonctions paternelles et tue don Gomès en duel. Chimène essaie de renier son amour et le cache au roi, à qui elle demande la tête de Rodrigue.

Mais l’attaque du royaume par les Maures donne au jeune homme l’occasion de prouver sa bravoure et d’obtenir du roi le titre de Cid (seigneur en Arabe). Toujours amoureuse de Rodrigue devenu un héros national, Chimène reste malgré tout sur sa position et obtient du roi un duel entre don Sanche et Rodrigue. Elle promet d’épouser le vainqueur. Rodrigue victorieux reçoit du roi la main de Chimène.

L’honneur-devoir face à l’amour, voilà le thème central du Cid. Une thématique admirablement bien rendue grâce à la mise en scène de Jean-Philippe Daguerre et au gracieux jeu des acteurs. Rodrigue, déterminé, vaillant, fort, sa noblesse de naissance équivaut à sa noblesse de cœur. Intransigeant avec lui-même et son sens du devoir, son comportement est exemplaire. En tuant le père de sa promise, il ne réclame pas son pardon et n’attend pas de salut.

Quant à Chimène, si elle est poignante en héroïne éplorée, son comportement est teinté d’un certain paradoxe. Elle obéit à son devoir, mais ne renonce pas à son amour pour autant. Prise dans la tourmente, amour, honneur, Chimène veut tout. Toute en sobriété, la mise en scène met en avant le caractère des personnages, le décor est réduit au stricte minimum, voire inexistant, à part un grand blason au dessus de la scène. Deux musiciens en arrière plan ponctuent le rythme de la pièce.

Il est intéressant de noter que Jean-Philippe Daguerre a choisi de mettre en scène la version originelle de Le Cid, à savoir la tragi-comédie. Si le texte remanié par Corneille en 1648 est exempt d’humour, la mise en scène du Ranelagh est ponctuée par quelques touches de drôleries. Ainsi, le roi si pragmatique et magnanime qu’il soit a des allures de bouffon avec sa culotte clinquante et son cheveu sur la langue. Les passages humoristiques sont distillés avec finesse et n’enlève en rien à l’intensité du drame qui se noue. Une mise en scène assez classique, avec des costumes dits « d’époque », voilà qui est plaisant quand la mode est aux mises en scène contemporaines. On ne peut que saluer ce choix du metteur en scène, cette esthétique épurée rend justice à la tragédie de Corneille et les problématiques fondamentales qui y sont inhérentes, fondamentales et aussi intemporelles ; ne dit-on pas que « Racine peint les êtres tels qu’ils sont, Corneille tels qu’ils devraient être » ?

Du 14 septembre au 15 janvier 2017,
Au théâtre Ranelagh.

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