Dans le quartier hautement symbolique de Montmartre marqué par les premiers et les derniers combats de la Commune de Paris, ce petit théâtre fait revivre avec passion et dans la bonne humeur des pages tourmentées de l’Histoire de France – comme la fraternisation des soldats avec les femmes du peuple lors de l’épisode des canons de Montmartre qui marque le début de la Commune. Or la Commune de Paris est méconnue, oubliée, elle est devenue presque plus célèbre à l’étranger car les manuels scolaires en France l’ont trop souvent mise entre parenthèses, minorée, voire déformée de manière scandaleuse. Dans un espace, une durée et avec un nombre de personnages limités, le théâtre devient miroir de concentration de l’Histoire revisitée, dépoussiérée et mise au goût du jour, grâce à de vertigineux sauts dans le temps (l’actualité politique contemporaine, Mai 68). Ces joyeux anachronismes permettent de réunir sur une même scène, Louise Michel, Thiers, Ferry (Jules), Hugo, Macron, Johnny Hallyday et Moustaki, la foule des manifestants et des étudiants d’un autre joli mois de mai (le spectacle a été conçu dans un esprit de commémoration de 68), les Fralibs, pour le plaisir des grands et éventuellement des plus jeunes.

Copyright : Xavier Cantat

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Le duo de choc formé par le couple oxymorique (Simone de gauche et Edouard de droite) que la géographie parisienne et les orientations politiques séparent pour le meilleur et pour le pire, évolue de manière chaotique, avec de nombreux rebondissements, dans ce spectacle mis en abyme par des comédiens jouant la comédie, sortant et revenant dans la salle. Ils se dédoublent, l’une interprétant une Louise Michel fière et droite, à la longue chevelure romantique, embellie et rajeunie, émouvante avec sa petite guitare et sa jupe sombre, tandis que l’autre, plus en décalé, incarne l’intransigeant Théophile Ferré ou Jules Ferry – qui en prend pour son grade – ou Thiers, dans la tradition des portraits caricaturaux à la Daumier, nain grotesque et odieux. On passe ainsi de scènes de ménage et de dépit amoureux, d’âpres disputes politiques à des moments suspendus, pleins de lyrisme, de poésie et de grâce, notamment avec l’interprétation sobre et vibrante du Temps des cerises.

Copyright : Xavier Cantat

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Le spectacle présenté comme un cabaret avec l’arrivée fracassante et dansante des personnages, surgis de derrière un rideau, le micro récalcitrant et les lumières scintillantes, prend des allures de comédie musicale délirante réveillant la nostalgie des caf’conc’ ou de la grande époque hollywoodienne. Il repose sur le principe de l’alternance et du contraste, marqué par un rythme endiablé – sans le moindre temps mort – et beaucoup d’émotions, surtout dans la redécouverte du vrai visage de l’Histoire mutilée dont les silences sont aussi coupables que les massacres impunis. Cependant ces leçons d’Histoire en musique et en chansons ne sont jamais ennuyeuses, le public étant pris à partie, plongé dans ce microcosme qui prend une dimension intemporelle et universelle en s’ouvrant sur l’engagement et la dénonciation de l’injustice sous toutes ses formes.

La Commune n’est pas morte et même si le présent est morose et l’avenir peu radieux, elle revit ici, avec un visage humain et optimiste, hilare et rayonnant.

De Régis Vlachos

Mise en scène Marc Pistolesi

Création lumières Johanna Garnier

Avec Charlotte Zotto, Régis Vlachos, Johanna Garnier

Compagnie du Grand Soir

Le mardi à 19h30 jusqu’au 30 octobre 2018

Au Théâtre Le Funambule (53, rue des Saules 75018 Paris)

Réservations au 01 42 23 88 83. Durée : 65 minutes

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