Fruit de la collaboration de William Kentridge et la Handspring Puppet Co. Ubu and The Truth Commission fusionne le texte d’Alfred Jarry et des témoignages de l’apartheid sudafricain. Alliant une pluridisciplinarité savante, le dialogue entre les médiums initie une marche de l’esprit. La marionnette, les acteurs, le dessin et la vidéo se répondent, offrant une vision documentaire et satirique d’une réalité de violence sociale inouïe.

C’est en 1995 qu’eut lieu la commission de la vérité et de la réconciliation sudafricaine, sous la présidence de Nelson Mandela. Le but de cette commission était la réconciliation nationale par l’action conjointe du témoignage des victimes et de l’aveu des coupables. William Kentridge a voulu faire écho à cet événement en focalisant sur le pouvoir, incarné par Mère Ubu et Père Ubu. L’absurde caractérise ces personnages dénués d’amour, de compassion et de remords, quand la justice ne fait qu’effleurer Père Ubu en l’inquiétant, mais jamais en le culpabilisant. Et les bas instincts qui animent le pouvoir n’en ressortent que plus nettement. Justement, le roi et la reine Ubu incarnés par des comédiens, en habits d’intérieur ou sous-vêtements, se révèlent dans leur intimité, vils et animés par leurs penchants égoïstes. A contrario, le dessin satirique, les marionnettes et les vidéos transpercent le réel d’un supplément de vie. Par ce qu’ils témoignent de la violence véritablement subie par le peuple, les images et les paroles persécutent le roi.

La pièce se révèle être une satire efficace vis à vis des gouvernements sudafricains de la seconde moitié du 20ème siècle. La négation des responsabilités gouvernementales, révélée par la commission de 1995 et illustrée par la pièce, confine à l’irréel et à l’absurde. Monstres glauques, et situations sordides du couple Ubu suscitent un rire inquiet. L’esthétique contemporaine et réaliste du dessin et de la vidéo qui traverse l’univers puéril de Ubu, démontre que l’artiste (mais aussi l’observateur !) a tout de même des choses à dénoncer. L’alternance des médiums offre du relief et du rythme à un spectacle surprenant, jusqu’à la fascination pour ces images de la justice qui jouent à sortir de leur cadre.

Du 24 novembre au 12 décembre 2015,
A La Villette.

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