Au 77 rue de Charonne, dans une jolie cour en briques, se trouve le Théâtre de la Loge, salle de concert et de spectacle, créé par Lucas Bonnifait et Alice Vivier en 2009, dans le but de promouvoir et accompagner la jeune création et de devenir un tremplin pour les artistes qu’ils accueillent à plusieurs reprises.
C’est ici que Alexandre Zeff, metteur en scène de la compagnie La Camara Oscura, a présenté du 17 au 20 janvier, Jaz.
Après avoir travaillé sur un duo masculin dans Big Shoot, son choix tombe encore sur un texte  de l’auteur ivoirien Koffi Kwahulé : il s’agit cette fois d’un solo au féminin, incarné par la comédienne Ludmilla Dabo.
La mise en scène joue très bien avec la réalité du lieu et intègre les contraintes de l’espace physique.
En plongeant dans la petite salle, enveloppée de fumée, on ne sait plus si c’est dans un espace théâtral ou dans la cave de l’un de nombreux bars à concerts de Paris que nous nous trouvons.
Une explosion musicale ouvre le spectacle : quatre musiciens sur scène dialogueront tout le long avec le mouvement poétique de la pièce.
Un microphone descend du plafond, Ludmilla Dabo fait son entrée extrêmement sensuelle telle une chanteuse jazz ou une vedette de cabaret.

D’abord narratrice, sa présence se fait au fur et à mesure provocatrice et ambiguë, de plus en plus  incarnée et sensible. Elle soutient la complexité du défi avec une performance puissante, capable de jouer  les changements de vitesse constants, les contradictions, les bifurcations  du texte et de susciter chez le spectateur, de par sa beauté presque androgyne, un sentiment d’inconfort et d’empathie à la fois.

Le désir est attisé et ses limites convoquées. En fait Jaz est une pièce qui parle du viol, de la destruction de l’identité et de sa résilience. Elle soulève aussi, indirectement, la question d’humanités délaissées, de dynamiques d’oppression.

Courageuse, la création scénographique de Benjamin Gabrié !

« L’absence du Z signifie l’amputation irrémédiable que l’on ressent après l’expérience traumatique du viol. Violer, c’est amputer profondément et durablement. C’est aussi le vertige de se retrouver au bord du précipice que laisse à jamais en soi l’éboulement soudain de son identité. Enfin, l’absence du Z montre, au sens photographique du terme, le manque, l’absence dans laquelle s’enracine le jazz. Car malgré cette différence entre mon écriture et le jazz, Jaz nous plonge bel et bien au cœur du jazz. » Koffi Kwahulé

Auteur : Koffi Kwuahulé, comédien, metteur en scène, dramaturge et romancier ivoirien, laureat en 2015 du Prix Mokanda et du Prix d’Excellence de Côte d’Ivoire, pour l’ensemble de son œuvre.

JAZ (1998, Editions Théâtrales)
Metteur en scène: Alexandre Zeff 

Actrice: Ludmilla Dabo avec le Mister Jazz Band (Guitare: Franck Perrolle Basse: Gilles Normand Batterie: Louis Jeffroy Saxophoniste: Arthur Des Ligneris)

 

Au théâtre La Loge.

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