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Il n’est pas un commentaire de Vera qui ne dise Karin Viard, pas une image de la pièce qui ne l’isole et la mette en avant ; certes, la comédienne témoigne de son engagement pour cette figure, qu’elle ait à en incarner les heures de gloire ou de faillite, mais tout de même cela ne suffit pas, et ne suffit pas surtout à masquer l’espèce de caricature qu’est l’entreprise dramaturgique. L’auteur, Petr Zelenka, réalisateur tchèque, dépeint un milieu marqué par la superficialité et le paraître, l’âpreté au gain et l’ambition dévoratrice, proposant ainsi une sorte de Diable s’habille en Prada adapté aux conditions socio-politiques de l’Europe de l’est. Qu’il n’y ait pas grand chose à dire de subtil du milieu publicitaire, de celui des agences de casting, c’est probable, mais présente l’inconvénient majeur de ne pas servir de support fort aux échanges. Les répliques sont attendues et l’on rit plus par convention que par conviction. Les intermèdes chantés superflus qui ajoutent à l’impression générale de farce échouent eux aussi à amuser. Le paradoxe de cette dénonciation, dont on ne peut qu’approuver le fondement, le glissement de la société tchèque vers le libéralisme consécutif à ce que l’on a appelé la révolution de Velours, est qu’elle s’appuie sur une argumentation si convenue qu’elle semble avoir dépouillé toute portée.

vera_201604tjv_089La plus grande réussite tient plutôt à l’effort du jeu, conduisant les acteurs à des métamorphoses incessantes, au nombre de six ils assument une trentaine de rôles, chacun, chacune occupant tour à tour les places les plus diverses. Le travail de mise en scène emprunte aux techniques du cinéma non seulement parce qu’une part de la représentation se dévoile sur des écrans – la caméra filme hors champ et notamment dans une cage d’ascenseur qui symbolise par ses montées et ses descentes les destinées individuelles –, mais encore par un découpage scénaristique plus que par une scansion en actes. La bipartition de l’espace en ce qui relève du monde domestique ou du monde professionnel matérialise le risque de la perdition : la maison est aperçue derrière un claustra, grand rideau métallique qui renvoie la vie familiale à un lointain grisé, tandis que la lumière électrique, renforcée par l’utilisation des projecteurs des cameramen, inonde le bureau. La carrière, l’accumulation, le défi économique sont mis au grand jour, ils priment sur tout ce qui pourrait participer de l’intimité ou de la profondeur. La critique d’un libéralisme impitoyable qui broie les êtres en leur assignant des buts tout d’individualisme et d’accumulation s’articule en deux temps, le premier, celui de l’irrésistible ascension de Vera, sacrifiant l’humain au matérialisme, le second celui de la mauvaise tractation avec une agence anglaise entraînant l’effondrement de la protagoniste renvoyée à sa déréliction.

La natte de cheveux enserrant la tête de Vera n’est pas sans rappeler celle d’Ioulia Timochenko, cette première ministre d’Ukraine qui connut après son passage au gouvernement un procès pour abus de pouvoir et transactions financières douteuses : ce revers analogue connu par les deux femmes démonte l’image idéalisée de la blondeur charmeuse, révélant des personnalités à la fois troubles et complexes. Ayant quitté les escarpins pour les baskets, la coiffure change elle aussi, les mèches éparses au vent confèrent une proximité plus grande à cette femme délabrée mais sommée d’être sincère.

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Auteur :PETR ZELENKA – Traduction ALENA SLUNECKOVA

Distribution :

Karin Viard
Helena Noguerra
Lou Valentini
Rodolfo de Souza
Pierre Maillet
Jean-Luc Vincent
Marcial Di Fonzo Bo
Clément Sibony

   Mise en scène Elise Vigier et Marcial Di Fonzo Bo

Au Théâtre de Paris.

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