La plus haute figure de sainteté chrétienne tente de trouver un symbole universel de sa divinité lors d’une séance de photographie. « Elle » est un Pape. « Elle » est la représentation de la duplicité du monde. Il cherche une image qui la contienne. La mise en scène d’Alfredo Arias utilise des éléments éminemment baroques pour construire l’édifice manichéen que le personnage révèle comme vide de sens. La gratuité de cette recherche se traduit en comédie, et la répétition des images censées cristalliser le sens de la sainteté procurent l’instabilité de la couleur et l’irrégularité d’une perle rare.

D’abord, écrite en 1955, la pièce inachevée est complétée par le prologue de « Juliette et le Pape » du Marquis de Sade et l’épilogue « À un Pape » de Pier Paolo Pasolini. Par ce regroupement d’intrigues multiples le metteur en scène expose la complétude inexistante de la pièce, pour bénéficier de la richesse des genres. Tragi-comédie, où les graves réflexions de personnages se mêlent à des incidents comiques. Comment représenter la divinité sur terre ? D’abord, le Pape est un homme maquillé, travesti. Jouant le clown, il montre l’obscurité et la sensualité qui le définissent. Le Pape jouant de sa liberté sur scène montre ses fesses, et doublé par un grand écran se livre à la scatologie. Les deux images deviennent un seul et unique hologramme de vulgarité. Il exploite le ridicule d’une image.

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Les symboles rituels des Mystères de Dieu sont détournés et ridiculisés par les costumes et la lumière. L’ostentation des robes catholiques est dépassée par la magnificence de la robe papale. Dès le début, une imposante robe enveloppe le Pape. Il est comme abrité par une immense soutane. Une métamorphose est proposée à travers les couleurs de la chrétienté. D’abord blanche éclatante, évoquant la pureté et la beauté divine. L’image du Pape est révélée par la lumière blanche concentrique insinuant un univers bucolique. Ensuite, le corps, la robe rouge du Cardinal montrent les passions du sang.

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Les costumes procurent une esthétique travestie où la femme en pantalon des années 50 s’oppose au maquillage féminin du Pape et à une de ses soutanes à carreaux. La couleur explore l’image de la sexualité. Elle est continuellement dédoublée. Cette mise en scène nous excite par sa couleur et par sa recherche de frontières entre genres.

L’immense écran répète l’image du Pape créant de fausses mises en abîme. Elles mettent l’accent sur l’absence de message, bannissant la simple reproduction photographique du Pape qui cherche à se représenter finalement par un carré de sucre. Le triptyque est rythmé par un jeu d’ombres chinoises et de lumières de cabaret. « Elle » est une absence qui vide à son tour le sens du bien et du mal. Alors, qui est-elle et que sont le bien et le mal ?

 

 

Distribution 

Texte Jean Genet

Mise en scène Alfredo Arias

Avec Alfredo Arias, Marcos Montes, Adriana Pegueroles, Alejandra Radano

Scénographie Alfredo Arias I collaboration à la scénographie Elsa Ejchenrand I costumes Pablo Ramirez I lumière Jacques Rouveyrollis I vidéo Alejandro Rumolino I son Thierry Legeai I musique Diego Vila I assistants à la mise en scène Olivier Brillet, Luciana Milione I assistante lumière Jessica Duclos.

Production : Groupe TSE I coproduction : Comédie de Picardie/Amiens I avec le soutien du ministère de la Culture I coréalisation : Athénée Théâtre Louis-Jouvet.

 

Du 7 au 24 mars 2018 

A l’Athénée Théâtre Louis-Jouvet. 

 

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