Judith Magre s’installe du côté droit de la scène. Assise, tandis que la lumière baigne seulement la moitié qu’elle occupe, elle a un rouge à lèvres et un pendentif en pierre brillant au dessus de la poitrine. On est dans une salle de cabaret où la lumière est un espace intime. Autour de petites tables rondes, confortablement installés, la salle devient un lieu propice pour l’évocation et la réminiscence.

Une actrice nonchalante et pleine de vie

S’adressant au public, l’actrice nous livre avec insouciance l’histoire d’un «  dos  » qu’elle a une fois aperçu sans le vouloir. Ce dos deviendra par glissement métonymique l’histoire d’un amour. Il est impossible de résister à l’hypnotisme de ses manières et à la force de sa voix qui nous projette vers les murs de pierre ; la disposition du public nous fait rêver d’une intimité où l’on se plaît à imaginer que nous sommes seuls avec cette voix. La salle du  Théâtre de Poche Montparnasse   est délimitée par un rideau rouge en velours qui renforce nos prédispositions à la confidence. Fascinés par sa diction, les mots deviennent un sucre appétissant qui raconte une prétendue histoire de séduction.

Magre2

Un entretien sans réponses et un livre jamais écrit

Une voix masculine interrompt le récit d’un «  dos  » et la lumière éclaire entièrement la scène  ; à un pas accéléré un écrivain s’installe du côté gauche accompagné de son calepin. Il poursuit l’entretien faisant de la distance une possibilité de terrain de jeu, se rapprochant, s’éloignant, hésitant ; cette distance devient un lieu de tensions grandissantes. A tour de rôle et progressivement une complicité se dessine entre les deux personnages. Les questions restent sans réponse car «  Une Actrice  » représente une possibilité de retournement des codes sociaux attribués traditionnellement au métier féminin, futilité, légèreté, banalité. L’euphémisme des répliques est exploité par la réécriture d’un mythe de sensualité incarnée par Judith Magre, elle est «  un monstre sacré  » ayant côtoyé des artistes maintenant universels comme Giacometti, Sartre, Beauvoir, Céline, Picasso entre autres. Le refus d’instrumentaliser ses souvenirs par l’inexactitude de sa mémoire et le retour à l’essentiel du métier provoquent un grand plaisir, celui de nous retrouver face à une légende. Une Actrice tente l’effort de garder son humanité et sa puérilité intactes. Un livre s’est installé comme contrainte parcourant la totalité de la pièce et ce récit dramatique de l’humain répond de manière universelle aux attentes d’authenticité que l’on pense trouver dans un artiste.

Je vous invite à déguster la volupté et désinvolture de cette mise en scène.

DISTRIBUTION

UNE ACTRICE De Philippe MINYANA

Mise en scène Thierry HARCOURT

Avec Judith MAGRE Thierry HARCOURT

Ou Christophe BARBIER (30, 31 mai, 3, 4, 5 et 8 juillet)

Du 25 mai au 15 juillet 2018

Au  Théâtre de Poche Montparnasse

2 Réponses

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.