Adaptation et mise en scène de Nathalie Vierne d’après l’œuvre de Marcel Proust.

Le projet est double : d’une part, offrir en 80 minutes sur une petite scène une version courte d’A la recherche du temps perdu, réduite dans une adaptation théâtrale d’Un amour de Swann et d’autre part, lutter contre la mauvaise réputation de Proust critiqué pour ses longueurs et son œuvre jugée difficile et ennuyeuse. L’accent est mis sur l’humour, l’esprit et une dimension comique qui éclipse les autres perspectives plus sérieuses, à savoir la réflexion sur le temps, la mémoire, le salut par l’art et l’écriture. C’est pourquoi la sélection et l’adaptation des dialogues transforment le roman en comédie pleine de verve et d’entrain où les rires et les plaisanteries mais aussi les moments de tension et de souffrance amoureuse se succèdent sur un rythme vif.

Par rapport à la vaste Comédie humaine de la Recherche, le nombre de personnages sur scène est considérablement réduit : le couple Verdurin, Odette, Cottard, Forcheville et surtout le personnage principal, Swann, amoureux transi, dandy et esthète perdu au milieu de figures mondaines médiocres et ridicules. Le microcosme ainsi reconstitué offre des caricatures de la vanité, notamment avec Mme Verdurin en noir, plumes dans les cheveux, peu sympathique et plutôt vulgaire, tandis que les autres mondains bien costumés pérorent et s’agitent de manière grotesque en s’esclaffant.

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L’accent est mis sur le couple mal assorti formé par Swann et cette ancienne « cocotte », femme entretenue et éternellement volage. Swann en proie aux doutes de l’amoureux transi puis du jaloux sans cesse sur le qui-vive, parle à la première personne (habile travail de transposition du roman qui parle de lui à la troisième personne), remplaçant l’habituel Narrateur de la Recherche dans cette seconde partie de Du côté de chez Swann. Les moments de tendresse et de bonheur amoureux alternent avec les crises « conjugales » et les scènes d’interrogatoire révélant peu à peu la domination d’Odette dont le charme est contrebalancé par la bêtise et parfois la vulgarité, sans la lourdeur de Mme Verdurin. A la séduction s’ajoutent la rouerie féminine, la manipulation coquette et la dissimulation stratégique, dans un ballet non dénué de cruauté, avec la complicité du salon de Mme Verdurin et ses « fidèles », spectateurs et commentateurs de ce marivaudage sadique.

Malgré la modernité des propos et des situations, l’ensemble garde une dimension historique avec les costumes (robes, plumes, chapeaux) mais la touche contemporaine est donnée par les chaises en plexiglass, le décor dépouillé, les panneaux, le jeu d’ombres chinoises tandis que les notes de piano de la sonate de Vinteuil rappellent que l’hymne national de l’amour paradoxal qui lie Swann à Odette renvoie à toutes les histoires d’amour et de jalousie.

Du 13 septembre au 31 décembre 2017, (mercredi et vendredi à 19h, jeudi et samedi à 21h,
dimanche à 16h).
Au Ciné XIII Théâtre, 1 avenue Junot 75018 Paris.

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