Dans le cadre du festival Chantiers d’Europe, le Carreau du Temple propose une lecture de Confession véridique d’un Terroriste albinos, un récit autobiographique de Breyten Breytenbach. Ce dernier est un écrivain d’origine sud-africaine, de langue afrikaner, résidant en France. Résistant clandestin contre le régime d’Apartheid, il est arrêté par le gouvernement en 1975. C’est en prison qu’il a rédigé Confession véridique d’un Terroriste albinos, livrant son témoignage de prisonnier politique. L’auteur était convaincu intimement et politiquement de l’aliénation de l’Apartheid : marié à une femme vietnamienne, il a été forcé de quitter l’Afrique du Sud où le mariage mixte était interdit (jusqu’en 1985). Lorsqu’il revient clandestinement en Afrique du Sud en 1975 pour organiser la résistance blanche au régime d’apartheid, il est arrêté, puis condamné à 8 ans de prison. L’écriture poétique fût alors un acte de résistance, ou plutôt de survie mentale, dans un univers carcéral qui appelait au suicide.
Rogerio de Carvalho propose une lecture en portugais du texte de Breytenbach. Sur scène, plusieurs comédiens incarnent la voix de l’écrivain. Femmes et hommes, noirs et blancs, enchaînent les paroles du texte ou se font parfois écho. Ils représentent ainsi visuellement le peuple sud-africain, réuni sur scène mais aussi dans la prose lyrique de Breytenbach. A travers la multiplicité des voix, l’intime rencontre l’universel. Ce parti-pris d’écriture – plusieurs comédiens dessinent les contours désincarnés d’un seul même personnage – illustre la déshumanisation de la prison, où l’identité se dissout. Le langage théâtral rencontre la parole poétique qui est le foyer du prisonnier, mais aussi l’écho d’une population entière victime des lois de ségrégation.
Le spectacle est déroutant, le texte initialement en afrikaans étant traduit en portugais puis surtitré en français. La superposition des langues et des supports démultiplie encore les possibilités de lecture. On se perd un peu, mais l’intérêt de la démarche prime : Breyten Breytenbach lui-même est conscient des enjeux identitaires qui s’entrechoquent au sein d’une langue. Il est ainsi un défenseur de l’afrikaans, une langue qui fige la rencontre entre des vocables africains et européens. L’un des intérêts des Chantiers d’Europe est d’offrir le texte théâtral en langue originale. La langue originale de Teatro Griot est une traduction adossée à l’écriture d’une mise en scène. Cela démontre que chaque langue exige et crée son propre réseau de significations poétiques.

Au Carreau du Temple

 

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