Robert Desnos aimait à faire goûter des mots, à nous faire tâter leur fraîcheur. Sa poésie est un plaisir du jeu : de mots, de situations, du brouillage des lignes entre chanson et texte. C’est ce plaisir du parler qu’a décidé de mettre en scène Marianne Bierry.

Le spectacle de Marion Bierry s’axe autour d’une estrade principale flanquée de deux escabeaux. Un éclairage gris, presque poudreux, plante le Paris de l’entre-deux guerres. Quatre comédiens s’y succèdent tantôt en monologue, tantôt en binôme, tantôt pour des numéros choraux. Chacun d’entre eux s’attribue un aspect de Desnos : à l’une son étonnement, à l’une sa gouaille, à l’autre le titi fier au bras du Paris des Halles, au dernier sa malice presque hallucinatoire.
L’étroitesse de la scène crée tant une proximité avec le public qu’une complicité entre les acteurs. Les monologues, s’ils permettent de respirer, sont parfois à la limite de la récitation scolaire tant la volonté de fraîcheur se fait sentir. C’est dans les numéros choraux que la troupe excelle : à deux, à trois ou à quatre, les mots fusent, les mots délirent, et nous rions avec eux de cette absurdité. Nous sommes attablés aux cafés de Prévert. On se souviendra notamment d’une interprétation des Hiboux qui ne tient décidément pas de Chantal Goya, et d’un numéro dansé. Ce sont des mots servis par des postures.

Ce cabaret fait le lien entre chansons réalistes et surréalistes. Il restitue avec justesse ce goût du bonheur avant une ère de gravité.

Du 19 octobre 2015 au 18 janvier 2016,
Au Théâtre de Poche Montparnasse.

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