S’asseoir dans un fauteuil du Théâtre de Gennevilliers,  et se retrouver face à un panier de basket parfaitement inséré dans un décor de gymnase, pris en coupe transversale, aux couleurs éblouissantes : fond bleu rendu électrique par l’éclairage au néon et sol orangé en linoléum, suscite dans tout spectateur un mouvement de trouble et d’hilarité.

David Jeanneteau, scénographe de cette création, par ailleurs metteur en scène, nommé directeur du T2G, succédant ainsi à Pascal Rambert à partir du 1er janvier 2017, se dit inspiré par certains décors de David Lynch.

Contreune intention réaliste, il cherche à restituer, à travers un travail d’épuration, l’espace du gymnase  en tant que signe, en tant que lieu.

Pareillement, Yves Godin conçoit une solution d’éclairage dont on ne peut pas faire abstraction – deux plaques de néons montées sur des rails en haut du plateau diffusent une lumière très froide qui dénature la scène – et qui, se déplaçant comme un véritable partenaire tout le long de la création, évoquerait la notion de temps.

Ces choix disent déjà beaucoup de choses du travail théâtral de Pascal Rambert.

Il dit ne pas être intéressé par les histoires ni par les personnages : « j’écris sur le langage ».

Au centre de son travail : la réalité telle qu’elle est conçue par l’intellect et structurée par le langage ou plutôt l’effort, dont le théâtre lui-même est acteur, pour que cette structuration advienne et qu’en conséquence le partage de l’expérience humaine soit possible.

Répétition parle du moment de rupture à l’intérieur d’une troupe de théâtre.

Emmanuelle Béart, Denis Podalydès, Audrey Bonnet et Stanislas Nordey (ces deux derniers acteurs sont aussi protagonistes dans une autre création de Pascal Rambert, Clôture de l’amour) incarnent deux comédiennes, un dramaturge, un metteur en scène, qui travaillent ensemble depuis des années jusqu’au moment mystérieux de bascule où les émotions de chacun et les désirs réciproques leur échappent et l’emportent sur le projet commun.

Chacun crie son monde et son droit à l’existence. La parole jaillit mais elle se retrouve tout de suite emprisonnée dans une structuration de la pensée névrotique, sous forme répétitive, d’où le titre.

Quatre monologues assommants suivent, oui parce-que chacun des comédiens à son tour se livre à un monologue d’à peu près 30 minutes pendant que les autres se déplacent sur le plateau dans un état d’attention et d’écoute. Le choix dramaturgique renie le dialogue en faveur d’une parole fleuve et s’inscrivant à côté d’autres expériences dans le théâtre contemporain, comme celles de Thomas Berhard et de Peter Handke.

Les quatre acteurs, considérés comme des excellences de la scène française, actent une performance considérable, de présence, débit de parole, retenue corporelle, et pourtant ils n’arrivent jamais à nous toucher, nous avons du mal à interpréter les moments où il paraissent s’adresser directement au public, par moments à travers une proximité physique, au bord du plateau, dans une prétendue mise en danger. Il pourrait s’agir d’une pièce manifeste si les concepts énoncés ne paraissaient tellement évidents et peu dangereux, si la vision du monde n’était tellement propre à la génération de l’élite culturelle française que Pascal Rambert et ses collaborateurs représentent, si la fin avec l’appel suppliant de Stan aux nouvelles générations et l’entrée poétique de Claire Zeller qui dessine des volutes au ruban blanc dans le silence finalement tombé ne restait tellement rhétorique.

Sa lecture étant très difficile à appréhender, Répétition risque de passer pour un exercice de style purement auto-référentiel.

Cette pièce devait avoir le potentiel du portrait impitoyable d’une génération déçue, appauvrie, bloquée sur son échec d’idéaux et d’imagination, attachée au microcosme de ses acquis.

Si seulement Pascal Rambert avait voulu, comme Tcheckhov, son modèle, écrire une comédie… (le voulait il ?)

 

Répétition, texte, mise en scène et chorégraphie de Pascal Rambert, avec Audrey Bonnet, Stanislas Nordey, Denis Podalydès et Claire Zeller.

Texte édité aux Solitaires intempestifs, 2014.

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