Mise en scène d’Adrien Béal

Comment oublier cet éclair/
En un instant 30 000 dans les rues disparaissent/
Au fond des ténèbres qui s’écrasent/
Les cris de 50 000 s’éteignent/

(Poèmes de la bombe atomique, Tôge Sankichi)

Un voyant ; un fonctionnaire en conflit avec la famille pour avoir dénoncé l’insalubrité de l’établissement des bains de la ville ; des femmes qui demandent à leurs hommes de prendre une initiative ; un ex-militaire enfermé dans une clinique dévoré par sa conscience.

Maintenant, « fermez les yeux et imaginez que vous tuez un homme. Maintenant imaginez vous en train d’en tuer 2100. »
C’est ainsi que la scène de Studio-Théâtre de Vitry, en co-programmation avec le théâtre Jean-Vilar de Vitry-sur-Seine, donne vie à une écriture collective (à partir des improvisations) qui crée, à partir d’un petit réseau d’histoires quotidiennes et de drames personnels, une série de motifs secondaires en lien avec le thème original : la catastrophe atomique. Ce thème est instruit du besoin de contrôle de l’homme, de sa soif de pouvoir, et de l’ impossibilité à agir dans une société qui enferme et contrôle tout discours d’indignation. Aujourd’hui, comme jamais, elle détient le pouvoir de s’anéantir, ce qui est inimaginable à l’échelle de l’individu. Mais cette tendance à l’anéantissement est pourtant dangereusement réelle.

Une écriture discontinue, profondément tragique, mais aussi très drôle, qui procède par rétrospection, car c’est seulement à la fin de chaque micro-histoire que les événements et les rôles des personnages se clarifient.
Comme les Six personnages en quête d’auteur de Luigi Pirandello, Récits des Evènements futurs est un spectacle qui met en scène un dialogue soutenu entre fiction et vie. La mise en abîme de la construction théâtrale passe par de petits détails : un dossier qui dénonce les effets nuisibles des bains devient dans la scène suivante la lettre d’un philosophe autrichien engagé contre la bombe atomique. Les acteurs, presque toujours en scène et vraiment très bons, sont un temps plongés entre la vie réelle et la fiction, dans l’attente d’habiter leurs personnages. Cette suspension est soulignée par l’espace, qui est à la fois une salle d’attente avec des banquettes, bureau, foyer et clinique. Sur la scène décharnée, des moniteurs (les deux fenêtres), renvoient à un extérieur qui déflagre en des nuages bas et lourds pour s’obscurcir, installant chez les spectateurs une impression d’ hécatombe.

Plusieurs dates,
Au Studio théâtre de Vitry.
Du 30 octobre au 7 novembre,
A L’Echangeur.
Le 21 novembre,
Au Théâtre du Garde Chasse.

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