lllCe dramaturge américain contemporain se penche sur la figure de l’artiste exilé, pris dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale si bien que cette pièce historique a finalement des résonances plus universelles et atemporelles qu’il n’y paraît. « Un Picasso », c’est à la fois l’œuvre du peintre mais aussi une facette d’un personnage protéiforme, pris à un certain moment de sa vie et de son parcours – à Paris pendant l’Occupation. L’espace du Studio Hébertot convient tout à fait pour restituer l’atmosphère de huis-clos étouffant d’une cave (l’escalier à gauche de la scène correspond à une issue de secours pour revenir à la lumière, à la vie et à la liberté) qui sert de lieu pour entreposer des œuvres et interroger celui qui devient prisonnier et otage bien malgré lui de l’Histoire en marche. Dans la pénombre, les tableaux et les images sont exhibés, analysés, critiqués dans cette nouvelle allégorie de la caverne où les copies pourraient se substituer aux modèles, où le vrai se confond avec le faux, quand tout est une question de vision subjective et de discours idéologique.

cccccL’intrigue est simple. Mlle Fischer, amoureuse de (la peinture de) Picasso et jeune spécialiste reconnue dans son pays, est chargé d’expertiser un certain nombre d’œuvres pour en trouver une authentique et originale destinée à faire partie d’une exposition représentative de « l’Art dégénéré » qui donnera lieu à un autodafé spectaculaire et édifiant. Picasso est piégé car il ne peut s’empêcher de démontrer que tout ce qui lui est présenté est de sa main : il en retrace l’histoire avec minutie et en même temps il aimerait sauver ses créations. Tel est le point de départ de ce double dilemme : brûler ou sauver, pour celle qui est en face de son Dieu vivant et interdit, tiraillée entre le devoir patriotique ou sa passion artistique et pour l’artiste pris au piège, exalter ou renier son œuvre qui est l’essence, la justification de tout une vie alors que se pose la question de l’engagement et de la fonction de l’art.

La première est prisonnière de sa fonction d’expertise et de censure, dans sa tenue stricte comme un uniforme, formant un contraste saisissant avec le flamboiement de sa rousse chevelure, alors que son adversaire trapu rappelle par son physique et sa verve le peintre hâbleur, résistant avec ses armes qui sont son pinceau et ses discours virulents. La confrontation vire au duel et même à la lutte à mort puisque la destinée du peintre est entre les mains de sa geôlière, femme fatale apparemment toute-puissante qui deviendra paradoxalement son modèle en passant de l’autre côté du tableau. Dans ce duo tendu qui dégénère parfois en corps-à-corps violent, on ne sait plus qui tente de dompter l’autre. Les dialogues paroxystiques sont tempérés par des moments d’accalmie, de confidences, avec des évocations pleines de tendresse pour les êtres et les œuvres à la fois fragiles et précieuses. On assiste dans ce jeu de cache-cache haletant de l’artiste traqué à une stratégie de domination et de séduction autour de l’art, de la politique et de sa valeur en temps de trouble.

De Jeffrey Hatcher, adaptation Véronique Kientzy, mise en scène Anne Bouvier
Avec Jean-Pierre Bouvier, Sylvia Roux

Du 22 novembre 2018 au à3 mars 2019.  jeudi (21h), vendredi et samedi (19h), dimanche (17h)
Au Studio Hébertot78 bis bd des Batignolles 75009 Paris, métro Villiers, Rome.
Durée 1h10.    Tél : 0142931304

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