C ‘est une gageure d’adapter et de recomposer sur scène, dans un espace et une durée limités un essai touffu, long et difficile qui est un ensemble de réflexions de Diderot sur le théâtre, plus précisément sur la psychologie et le jeu de l’acteur. Dans cette pièce sur (presque) rien, un paradoxe est développé, répété avec de nombreuses formules et variations autour de la même idée : le bon comédien est détaché du personnage qu’il incarne et le sang-froid remplace l’extrême sensibilité qui n’est que simulée selon le principe de l’imitation d’un modèle idéal, la scène théâtrale n’étant pas la scène mondaine de la vie de salon. Ce sont deux univers radicalement opposés. Jusqu’où va le jeu et la maîtrise de soi en toutes circonstances ?

Le débat prend la forme élégante et courtoise d’une riche discussion entre deux personnages avec un exemple d’interprétation d’un extrait plein de sentiment, qui illustre ces théories. La plupart du temps l’intrigue est absente ou plutôt remplacée par l’échange d’opinions, de controverses, discussion animée, spirituelle, opposant deux personnages qui se déplacent, s’assoient, se rapprochent, s’éloignent, parfois séparés par un mince voilage dans un jeu de clair-obscur et un décor minimaliste : chaise blanche, costumes sobres et simples, en noir et blanc pour un théâtre d’ombres et d’idées sans cesse en mouvement comme l’esprit souple et vif. Un projet ambitieux, original autour d’un sujet toujours d’actualité et qui ne concerne pas uniquement quelques happy few du métier mais tout l’univers du théâtre : auteur, comédien, metteur en scène et public conquis.


D’après Diderot, adapté par Mahmoud Ktari
Avec  Mahmoud Ktari et Grégoire Gabriel Vanrobays
Metteur en scène : Patrick Rouzaud

Jusqu’au 8 mars 2020, mardi 19h30, dimanche 15h

Au Théâtre de la Croisée des chemins.

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