La compagnie de Pierre Blaise, le Théâtre sans Toit, présente Orphée aux Enfers au Théâtre aux Mains nues.
Selon le mythe, Orphée est fils d’Oaegre, prince initié aux mystères de Dyonisos, et de Caliope, muse de l’Eloquence et de la Poésie. Le héros de la mythologie grecque est poète et musicien, mais surtout, par sa filiation et son rôle, le symbole de l’exorcisation par l’art : grâce à sa musique, il apaise toutes les créatures, jusqu’aux plus monstrueuses et il défie même la Mort. Son instrument de musique lui a été offert par Apollon, dieu des Arts. La compagnie du Théâtre sans Toit a substitué à sa lyre un hautbois, dans un théâtre d’ombres musical.
Sur la scène du Théâtre aux Mains nues, la mise en scène proposée laisse une grande place aux projections du spectateur. Les marionnettes à gaine, d’une facture très simple, personnifient peu les protagonistes, elles laissent ainsi toute la place au son du hautbois, aux voix, aux gestes des manipulateurs et au cadre scénique. D’apparence minimaliste, la scénographie démontre la virtuosité des artistes à figurer la mise en abîme du récit. Le décor mobile évolue grâce à des mécanismes qui permettent d’exploiter toutes les dimensions de l’espace scénique. Une toile d’inspiration cubiste, proche du style de Delaunay, donne à voir le drame terrestre du héros et de sa femme Eurydice. La mort provoque une rupture, les courbes laissent alors la place à des lignes qui traversent l’espace, métamorphosant la scène, la faisant paraître comme un tableau de Malevitch en trois dimensions. Orphée brise la frontière entre la vie et la mort et pénètre dans les limbes : les enfers déploient de multiples gouffres sur son passage, quand la vie peinte sur la toile paraissait si colorée mais étriquée. Le royaume d’Hadès que parcourt Orphée à la recherche de sa défunte femme apparaît comme la vision en négatif de la vie. Sur la toile blanche, les ombres grotesques de créatures monstrueuses envahissent notre champ de vision, subvertissant les règles naturelles d’occupation physique de l’espace. A ces visions agressives du royaume des ombres répond la musique du hautbois d’Orphée. Les créatures les plus effrayantes de l’imagination sont domestiquées et disparaissent de la toile laissant le héros avancer un peu plus dans sa mission.
C’est à travers un magnifique jeu de projections visuelles, fait de peu de moyens matériels, mais de beaucoup d’imagination, que le spectateur accomplit le voyage avec Orphée. Les artistes ont eu la fabuleuse idée de se servir des inventions esthétiques propres à la peinture et au spectacle d’ombres pour enrichir l’espace scénique de multiples dimensions, et ainsi modifier l’angle de vue du spectateur.
En dévoilant les mécanismes de son théâtre, et en combinant des modes d’expression qui font correspondre les sens, la compagnie lie intimement le processus de représentation de l’œuvre à sa réception par le spectateur. Avec peu de mots, elle fait ainsi de son Orphée aux Enfers un poème vivant.

Jusqu’au 11 octobre 2015,
Au Théâtre aux mains nues.

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.