Au Théâtre du Gymnase en attendant son retour au festival d’Avignon, Anne Cangelosi nous a entraînés dans un voyage initiatique inattendu, le point de départ étant un malentendu : croyant avoir gagné un séjour à Paris « pour voir l’obélisque », Joséphine à l’accent chantant se trouve embarquée bien malgré elle dans une croisière en Égypte. Méconnaissable sous sa perruque bouclée, dans sa « blouse de Blancheporte », avec sa canne, ses manies, sa démarche, ses gestes pour se vieillir, la comédienne métamorphosée incarne à merveille ce personnage de mémé grincheuse et râleuse, qui déteste les jeunes, les étrangers, etc., haute en couleur, au langage vert et imagé et qui semble tout droit sorti d’un film de Guédiguian ou de Pagnol. La comédienne s’est inspirée en partie de sa grand-mère et a retravaillé son personnage au fil des années. Le tour de force est de faire défiler toute une galerie de personnages dans ce « seule en scène » et de reconstituer l’atmosphère d’un village méridional, puis celle d’une croisière sur un navire, véritable microcosme social, avec les intonations et les accents les plus variés. On croit feuilleter un Dictionnaire des idées reçues et des préjugés contemporains.

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Dans un décor minimaliste, chaque étape étant matérialisée par de grandes photos touristiques, la mamie, mégère peu apprivoisée égrène ses souvenirs, raconte avec verve ses anecdotes truculentes, avec des pauses, des regards malicieux ou indignés. Le public qu’elle interpelle, voire invective en provoquant l’hilarité générale, se laisse prendre au jeu et éprouve toute une palette d’émotions, allant de l’agacement devant ce personnage caricatural et insupportable au début, jusqu’à la compassion et la tendresse devant sa détresse cachée et son sentiment de solitude. Au terme d’une évolution qui montre finalement sa sensibilité et son grand cœur, sans mièvrerie, Anne Cangelosi délivre ainsi une leçon de sagesse et de tolérance en faisant alterner les épisodes burlesques, les crises existentielles et les conflits avec les autres, les moments d’accalmie et de réflexion sur la vie et le monde. Et chacun croit la reconnaître ou pense l’avoir croisée un jour, cette Joséphine qui nous tend un miroir plein d’humanité.

De et avec Anne Cangelosi. Mise en scène Alexandre Delimoges (co-auteur)

Durée : 1h15

Festival d’Avignon, au Théâtre de la Tache d’encre

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Ton That Thanh Van

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