« J’ai grandi dans la mer et la pauvreté m’a été fastueuse, puis j’ai perdu la mer, tous les luxes alors m’ont paru gris, la misère intolérable. Depuis, j’attends. J’attends les navires du retour, la maison des eaux, le jour limpide. »

Albert Camus, « La mer au plus près».

 

Essais, récits ou tout simplement écrits de jeunesse, Noces (suivi de L’E) d’Albert Camus est ce genre d’écrits qui nous poussent à nous interroger sur la valeur des choses de la vie. Composé de plusieurs chapitres qui portent des titres qui nous rappellent la jeunesse de l’auteur : « Noces à Tipaza », « Vent à Djémila », « L’été à Alger », « Le désert », etc., Noces (suivi de L’Eté) nous montre un autre côté de l’auteur de L’étranger.

En 1936, Albert Camus, âgé de 23 ans, est ébloui par la beauté de Tipaza et ses ruines romaines qui font face à la mer méditerranéenne. Il décrit la rencontre du soleil avec la mer et cette odeur des fleurs qui donne à Tipaza une allure enchanteresse : « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. », écrit-il dans « Noces à Tipaza». Si tout à Tipaza invite à la vie, Djémila est une ville morte car : « ce n’est pas une ville où l’on s’arrête et que l’on dépasse. Elle ne mène nulle part et n’ouvre sur aucun pays. C’est un lieu d’où l’on revient. ». Le voyage d’Albert Camus dans cette cité antique coïncide avec un vent violent, ce qui lui rappelle la condition de l’homme face à la mort ainsi que cette envie de vivre. Il nous montre la grandeur d’une cité dont il ne reste que les ruines comme témoignage du passage de l’homme sur terre.

VOITA_MICHEL

Sur la scène du Théâtre Rive Gauche, Michel Voïta interprète avec succès le rôle d’Albert Camus devant ces paysages éblouissants de l’Algérie de sa jeunesse, mais aussi de Florence. Adaptation et mise en scène par l’acteur (Michel Voïta), il nous incite par ce « monologue » à ressentir les descriptions d’Albert Camus avec une lecture captivante. Emporté par la beauté du texte et de son interprétation, le spectateur oublie cette différence entre l’auteur, le narrateur et l’acteur, par ce sentiment de revivre, ressentir et de partager les émotions de l’auteur. Ce souffle et cette énergie avec lesquels Michel Voïta interprète ces textes camusiens redonnent vie à des images et des sensations jusque-là restées noir sur blanc.

Dans son adaptation théâtrale, Michel Voïta reclasse les chapitres du livre Noces (suivi de L’Eté) afin de les rendre plus sensibles pour une mise en scène : il commence par le dernier chapitre du livre « La mer au plus près » qui retrace la vie de Camus partagée entre la mer et la pauvreté, puis nous conduit sur les routes de Tipaza avec « Noces à Tipaza », afin de terminer, enfin, par le « retour à Tipaza ». Ceci donne à l’adaptation une logique qui résume la place de ces lieux dans la vie d’Albert Camus.

 

Tous les mercredis à 19h, jusqu’au 20 décembre 2017.

Au Théâtre Rive Gauche.

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