Un mur. Il sépare deux mondes : celui des pauvres et celui des riches. Un soir, un homme issu du monde des pauvres va franchir le mur, qui déjà se fissure, et tenter de faire effacer sa dette auprès du grand patron à la soirée d’anniversaire de la Bee Wi Bank. Seulement voilà, une dette est une dette et c’est après une brève rencontre avec K, la fille et héritière du grand patron à laquelle il va confier la vie de sa fille, que l’homme pauvre va s’immoler. Son but : faire sentir l’odeur d’un humain brûlé au grand patron. Car malgré tous les murs, la distance et l’argent que l’on peut mettre entre les uns et les autres, sentir l’odeur d’un de nos semblables calciné ne peut que nous ramener à notre propre humanité et celle dont chacun est indistinctement issue.
Derrière l’écrasante machine qui semble donner tout aux uns et rien aux autres et qui contribue à créer deux mondes qui ne coexistent pas, l’homme pauvre a cherché, à travers son acte sacrificiel, à atteindre ceux qui sont aux commandes de cette machine, laquelle apparaît comme un monstre froid.
K, inadaptée, va alors à son tour franchir le mur et plonger dans le monde de la misère à la recherche de celle qu’elle doit considérer comme sa propre fille.
À travers ce récit d’anticipation, c’est une traversée dans un monde fantasmagorique où l’on est plongé. La recherche d’un autre monde qui serait moins sordide que ceux qui existent de part et d’autre du mur lesquels convergent autour du même principe que tout et tous se vendent et s’achètent. L’humain est devenu un produit marchand dans un monde où la finance prend le pas sur le reste.

Carole Thibault, à travers la peinture d’une société clivée -avec d’une part les riches, qui héritent de père en fille et qui tiennent les ficelles de la finance et du monde et les pauvres, exploités et culpabilisés, haineux et envieux- nous offre une fable à la fois triste et pleine d’espoir. Elle nous rappelle que derrière chaque situation se trouve l’action de l’Homme et qu’il est possible d’avoir une prise sur ce qui apparaît comme accablant, irrémédiable et déshumanisé.
Aussi, la valeur de chacun qui semble être attribuée à son niveau social d’appartenance n’étant le fruit que du hasard de la naissance peut nous placer aléatoirement de part et d’autre du mur. Ceci est mis en relief dans la pièce par le fait que les personnages pauvres et riches soient joués par les mêmes comédiens.
Ils sont d’ailleurs tous excellents avec un attachement particulier pour Carole Thibault laquelle à un jeu fort, subtile et nuancé.
La mise en scène est également brillamment menée de même que l’équilibre des scènes et séquences. Le dispositif scénique fait de panneaux transparents amovibles est intéressant dans ce qu’il raconte de la séparation, de ce qu’on devine au travers. L’exploitation de la vidéo enfin, évoquant les fantasmes des personnages, participe du climat vaporeux et froid du récit. Ce conte moderne n’est pas sans nous rappeler la célèbre histoire des Misérables.


Du 9 au 25 septembre 2016,
A La Maison des Métallos.

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