Ce dimanche 12 novembre à 15h nous avons découvert au théâtre de l’Espace Paris Plaine un spectacle inspiré des Misérables de Victor Hugo. Cette pièce est centrée sur Cosette, de son enfance jusqu’à la vie adulte, avec un retour en arrière sur les événements et les autres personnages de cette riche fresque humaine et historique.

Lorsque nous sommes entrés, nous ne nous n’attendions pas à voir autant de monde et les retardataires ont dû s’installer sur les marches des escaliers. Le rideau se lève et on aperçoit Cosette chantant d’une voix triste et douce comme une berceuse « Dors papa » sur la tombe de son père matérialisée par une croix lumineuse sur le sol, ce qui d’entrée de jeu, saisit et bouleverse le spectateur. C’est alors que Cosette commence à raconter l’histoire de sa vie, de l’abandon (?) de sa mère Fantine qui la confie à la mère Thénardier, jusqu’à la mort de Jean Valjean, en passant par sa rencontre avec son père adoptif, puis son histoire d’amour contrarié avec Marius qui laisse de côté son apparence et ses origines aristocratiques. La naissance de l’idylle au jardin du Luxembourg s’oppose aux combats des barricades dans un principe d’alternance et de contraste entre les moments de tension, de violence (Cosette enfant terrorisée par la Thénardier) et les moments d’accalmie familiale ou amoureuse. Avec le jeu d’ombres et de lumières (dans une atmosphère à la Tim Burton), on est plongé dans un univers qui est celui du mélodrame et des romans populaires à la Eugène Sue et le réalisme est réorienté par le portrait caricatural de la mère Thénardier, méchante pour deux et présentée comme la sorcière ou la méchante marâtre des contes de fées, ce qui touche l’imaginaire du jeune public.

Entre chansons, musiques aux mélodies entraînantes et textes sélectionnés permettant de retrouver les épisodes les plus célèbres du roman, la pièce est prenante du début jusqu’à la fin, les décors et les costumes sont simples et intemporels (pas de pièce « historique » au sens limité du terme) dans le parti-pris d’inscrire Hugo dans la modernité. Et le jeu d’acteur des comédiens est juste, sans emphase ; ils sont parfaitement à l’aise entre instruments de musique (flûte traversière, guitare, violon), chant et parties récitées qui modernisent le chef-d’œuvre romanesque transposé sur scène, sans que cela soit une comédie musicale dans la grande tradition anglo-saxonne des spectacles dans lesquels le côté musical est privilégié. Les chansons sont simples, originales et transmettent toute l’émotion en captivant petits et grands, sans qu’on ait besoin de connaître le roman par cœur.

Cependant nous n’avons pas retrouvé le côté tragique et épique du roman dans cette adaptation – du moins est-il atténué. En effet, l’histoire est narrée et vécue par Cosette qui est au centre du spectacle (présente au début et à la fin) en concurrence avec Jean Valjean, très sobre et élégant à tel point qu’on en oublie sa force herculéenne et son apparence plus massive et mal dégrossie d’ancien bagnard. La présence de ce dernier est récurrente et de plus en plus importante, comme le révèle le choix des scènes-clés. En vérité, tout lecteur sait que Cosette s’est progressivement éloignée de son « père » se montre dure et égoïste avec lui quand elle le laisse mourir de chagrin, dans la solitude et le dénuement – ce qui correspond à la fin du film dans lequel Lino Ventura incarne Jean Valjean. Dans cette représentation nous retrouvons une Cosette aimante et très attachée à son père, mais surtout présente et pleurant sur sa tombe. Nous découvrons une Cosette enfantine (celle qui joue à la poupée), au fil des ans encore enjouée et remplie d’amour pour cet inconnu, protecteur généreux qui l’a adoptée et élevée comme sa propre fille ; il l’idolâtre jusqu’à devenir possessif et jaloux avec cette petite qui lui a apporté un souffle de bonheur dans sa vie. Discrète dimension œdipienne qui n’est pas sans rappeler les liens qui unissait Hugo et sa fille Léopoldine.

Ce spectacle d’une heure s’adresse à un public très large. Pour l’apprécier pleinement, les amateurs de littérature doivent oublier le côté érudit de ce magnifique roman, car il faut l’avouer, c’est une autre interprétation de ce dernier qui ne le reflète pas toujours de manière fidèle (mais ce n’est pas le but recherché ni ce qu’attend le public), surtout la relation père/fille. En effet Cosette est partiellement coupable, en tant que fille oublieuse du passé et ne retenant que l’image dégradante d’un père (adoptif) ancien bagnard, alors que dans la pièce, Jean Valjean choisit d’espacer ses visites au jeune couple et ne meurt pas dans un décor « misérable » mais plutôt bourgeois, au milieu de sa bibliothèque. Les autres décors sont évocateurs et font penser aux illustrations des livres d’antan, à des tableaux du XIXe siècle. Quant aux petits et aux « profanes » il leur est permis d’une part, de découvrir de manière originale et neuve l’univers condensé (espace-temps) d’un « monstre » de la littérature et de parcourir des milliers de pages condensées en une heure, ce qui constitue une gageure. D’autre part, ce spectacle complet donne envie de lire ou de relire ce roman intemporel sur le peuple, ses luttes et ses rêves matérialisés hors du temps par les barricades et le drapeau rouge.

 

Du 8 au 29 novembre 2017.

A l’Espace Paris Plaine.

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