Même si l’on ne connaît pas précisément l’histoire d’Helen Keller, du moins connaît-on son nom et le lien à établir entre le handicap dont elle fut la victime et l’extrême engagement qui marqua sa vie. Non seulement elle obtint des diplômes universitaires dans une période où rien n’était entrepris pour faciliter une telle accession, mais elle mena une activité inlassable en faveur des personnes atteintes de déficience les poussant à imiter la conquête qui fut sienne. Surtout, elle n’occupa pas ce seul terrain du handicap, elle affirma des convictions fortes qu’il s’agisse des droits des femmes, du militantisme ouvrier et de l’opposition à la guerre. Lorsque l’on récapitule un tel parcours, on s’illusionne évidemment, estimant que malgré la cécité, la surdité, l’intelligence naturelle a surmonté les obstacles, c’est-à-dire que l’on commence par la fin. Il est toujours plus facile de lire l’enfance à la lumière des œuvres publiées, des organisations fondées, des entreprises réussies, que de lire l’enfance dans son développement chronologique, s’avançant vers un futur dont on ignore tout.

Le parti pris de la pièce Miracle en Alabama, de William Gibson, en s’appuyant sur l’autobiographie d’Helen Keller, accepte justement que nous assistions aux pas difficiles qui vont permettre de faire passer d’une communication erratique avec l’entourage à une forme avancée du dialogue avec les proches comme avec les êtres lointains.

Cette jeune femme que le public connaît et admire n’existe pas encore à l’époque considérée, ou du moins existe-t-elle peut-être, mais lovée dans un tréfonds inaccessible qu’une institutrice va se charger de révéler.

Les personnages appartiennent à la famille, père, mère, frère et tante, leur quotidien est empoisonné par le caprice d’une jeune fille qui ne sait que faire d’elle-même, dont l’énergie n’est canalisée par rien et ne peut donc plus, l’âge avançant, extérioriser que sa colère. Dompter le petit animal sauvage devient la mission première d’Annie Sullivan, éducatrice qui comprend d’emblée que l’acquisition du langage ne pourra se concevoir que par l’intégration d’une discipline sans laquelle Helen ne sera que dans l’affect. Ce sursaut s’accomplit en défiant les proches dont l’indulgence peinée est incapable d’inscrire des limites, ressassant perpétuellement la douleur qu’est pour eux cette fillette qu’une congestion cérébrale a tant diminuée. Il faut œuvrer doublement, à instruire l’élève et à convaincre les parents. Si l’on ajoute à cela le contexte historique qui oppose les nordistes et les sudistes, le discours paternel est encore plus réfractaire aux méthodes de la nouvelle employée, l’un/l’une se dresse face à l’autre revendiquant l’approche la plus adaptée.

b_1_q_0_p_0

La mise en scène de Pierre Val met remarquablement en valeur le travail b_1_q_0_p_0-2de la jeune comédienne sourde qui traduit si vigoureusement et par tout le corps son lent et long accès à ce qui sera la connaissance. Toute la troupe tient le pari, pratiquant concrètement cette rencontre par-delà les différences, conformément à ce que prônait l’héroïne, et cela se vérifie aussi vis-à-vis de la salle qui peut profiter d’un texte surtitré à destination des malentendants. L’ensemble se tient donc d’un point de vue dramaturgique et idéologique tout aussi bien.

Miracle en Alabama de William GIBSON

Adaptation et Mise en scène Pierre VAL
Assistante à la Mise en scène Sonia SARIEL
Scénographie Alain LAGARDE
Costumes Pascale BORDET
Lumières Anne-Marie GUERRERO
Création sonore Fabrice KASTEL

avec par ordre alphabétique Valérie ALANE, Julien CRAMPON, Stéphanie HEDIN, Marie-Christine ROBERT, Pierre VAL et, en alternance, Lilas MEKKI et Clara BRICE

A partir du 8 février 2018
du mardi au samedi à 21h – Matinée samedi à 14h30
Représentations surtitrées les
22 mars à 21h et 31 mars 2018 à 14h30

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.