METAMORPHOSES – Théâtre de l’Aquarium
d’après Ovide et Ted Hughes
Projet du DEUG DOEN GROUP
Mise en scène : Aurélie Van Den Daele
Dispositif scénique et technologique : collectif In Vivo
Dramaturgie scénique : Sidney Ali Mehelleb

 

Qu’est-ce qu’un mythe ? Faits légendaires, remontant d’on ne sait où, d’on ne sait quand, ils donnent à voir des êtres, des puissances, qui sont autant de fondements métaphysiques, philosophiques, sociologiques. Ils créent nos origines, et par ces images, font surgir ce que nous ne voulons regarder directement : les sables noirs de nos désirs ; les monstres dormant en nous ; le désordre se cachant sous l’ordre. Sur le mur de la caverne, sont projetées nos pulsions.

Les Métamorphoses d’Ovide captent ces boues sombres au moment de leur dévoilement ; celui, où, plus exactement, les illusions, par contiguïté physique ou psychique, se réarrangent en un nouvel ordre, faisant coïncider l’essence et l’apparence.

Le théâtre de l’Aquarium accueille une re-création de ce texte par le collectif Deug Doen Group.

Comment donner à voir des mythes à un public qui n’est plus celui de leur réception ? En quoi ces mythes peuvent-ils nous parler?

Pour nous forcer à nous interroger, Aurélie Van Den Daele s’appuie sur la version redynamisée de Ted Hughes. Elle la fait interpréter dans un système de langage doublement contemporain : celui de nos clichés, et celui de nos supports.

Cette scénographie s’appuie sur le cinéma. Chaque acte s’ouvre sur une vidéo dont les sons graves et les effets stroboscopiques évoquent l’univers lynchien. Une batterie et une guitare tiennent lieu de chœur.

Le spectacle est conçu comme un cycle. Il commence par le chaos et les quatre âges. Des images germinatives, des crépitements et des bruits de cascades accompagnent le récit de la séparation des éléments. Il se poursuit par le mythe de Térée, qui, marié à Procné, s’éprend de sa belle-soeur , la viole et la séquestre ; sa femme, sitôt son crime découvert, lui fera manger leur fils lors d’un banquet. Après la pulsion, viennent les illusions. Phaéton, fils du Soleil, est le seul à croire à ses origines divines. Voulant savoir si sa mère lui ment, il demande à conduire les chevaux de son père – et en meurt. Erysichton, quant à lui, figure le vide. Réinventé en artiste contemporain, l’insignifiance de ses installations n’est égalée que par sa vanité. A la profanation de l’un de ses arbres, Cérès réplique par une condamnation à une faim sans fond. Mangeant littéralement du vide, il finit par se dévorer lui-même. La pièce se conclut sur le déluge, vidéo filant vers un fondu au noir. La vie, le désir, l’isolement, la mort, avec en germe un recommencement : la boucle se referme sur elle-même.

La gravité des vidéos introductives contraste avec le trivial – on ose suggérer le grotesque – des lieux où sont projetés les mythes, des stéréotypes choisis par les acteurs. Tout passe dans des fêtes et rituels. Dans une salle de fêtes remplie de ballons dorés, Térée a de faux airs de Ken. Le drame de Phaéton semble se passer un 14 juillet sur une plage de camping. Erysichton correspond au premier abord à un sculpteur d’art contemporain. On oscille entre le fou rire, le malaise et la sidération.

Le jeu des quatre acteurs tend vers la performance. Quasi muets, les rares mots tiennent du cliché : chansons des années 80, fanfaronnades adolescentes, onomatopées désapprobatrices, transes dansées. Les paroles signifiantes sont projetées sur le décor, telles des didascalies ironiques. On retient en particulier le décompte des cacahuètes consommées par Erysichton lors de son vernissage, qui va jusqu’à couvrir un mur entier. Cette ironie est la voie préparatoire au tragique: elle crée le début de notre questionnement.

Cette mise en scène séduit par l’équilibre entre les supports et les quatre murs de la scène. On saluera également la qualité du jeu des acteurs.


Du 1er au 26 mars 2017,
Au Théâtre de l’Aquarium.

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