NOTE : Suite au succès des représentations au théâtre de Nesle, nous revenons avec MAUDITE RÉVOLUTION au Théâtre Pixel tous les vendredis soir à 21h30 du 12 octobre au 9 novembre. 

On le devine, le titre repose sur un paradoxe : puisque c’est de la Révolution française dont il s’agit, pourquoi maudite ? sachant qu’on en fait parade constamment, qu’on en tire le plus souvent une légitime (quel emploi…) fierté, qu’elle demeure presque seule inscrite dans les programmes d’histoire, tandis que disparaissent Clovis, François 1er ou même Napoléon, qu’elle fait partie des interrogations aux immigrés pour l’obtention de la citoyenneté, pourquoi maudite ? À plusieurs titres évidemment, le plus manifeste étant que dans Révolution française, il y a le mot révolution, qu’il s’agit en soi du spectre qu’agitent les états et les gouvernements pour calmer toute velléité protestataire. Une grande part du système répressif doit sa justification à l’idée de cette menace et réclame adhésion à sa forme, convainquant qu’il n’y a rien de plus dangereux et dommageable pour le bien commun. Mais il y a aussi dans cet emploi de maudit, les contradictions de la Révolution elle-même, dont on peut tirer des enseignements acceptables selon la norme, mais que l’on peut simultanément dénoncer comme le déploiement d’une violence sanguinaire, d’où la partition entre figures consenties (comme celles de Mirabeau ou de Danton) et controversées (comme celle de Robespierre, uniquement associée à l’image de la Terreur).

 

Les trois comédiens

Les trois comédiens, Sophie Tonneau, Yves Comeliau, Sabrina Manach

Le spectacle monté par la compagnie Tabasco joue très habilement de ces nuances, mettant en avant des textes de tribuns, hommes politiques et acteurs de la fin du XVIIIe s. et du XIXe s., permettant soit de réentendre des voix connues et des maximes célèbres, soit au contraire d’aller explorer des documents rares, qui éclairent les facettes complexes d’écrivains ou ministres présentés selon un seul mode, le Victor Hugo de la peine de mort, ou le Jules Ferry de l’école obligatoire.

Olivier Tonneau, qui a été à l’initiative de cette compilation, a voulu évidemment aller beaucoup plus loin. Pour que les discours acquièrent une résonnance supérieure, il convenait de les insérer dans une trame, elle a été trouvée, faisant jonction entre le passé et le présent, la France et l’Algérie (ou plus généralement les territoires colonisés). Ce truchement c’est Nedjma (dont le nom provient du roman de Yacine Kateb), une beur sceptique lorsqu’on lui enseigne les vérités de l’histoire de France, et qui, par son esprit aigu, par la révolte liée à la place qui lui est assignée, demande que l’on reconsidère les pseudo-acquis de la connaissance. Le narrateur (Yves Comeliau) dialogue imaginairement avec elle, curieux de ce développement critique, mais aussi pédagogue, donnant à l’assistance les points d’ancrage indispensables. Si les références sont masculines, ce sont deux comédiennes qui les interprètent, permettant là aussi une circulation nouvelle du message, qui s’entend ainsi  dans son universalité. C’est toute l’originalité de ces va-et-vient qui font la matière du spectacle, mais invitent bien entendu à aller, par-delà le temps de la représentation, vers l’approfondissement des lectures et simultanément de la conscience politique. Il y a, dans ces caves voûtées du théâtre de Nesle, de quoi renouer avec l’atmosphère des complots et le secret des discussions sulfureuses.

Voir les entretiens  avec comédiennes, comédien et auteur dans la rubrique Interviews / Théâtre


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AUTEUR : Olivier Tonneau

AVEC : Sabrina Manach, Sophie Tonneau et Yves Comeliau

COMPAGNIE : Tabasco

 

Samedi 8 septembre à 17h /Dimanche 9 septembre à 18h

Jeudi 13 septembre à 19h
Dimanche 23 septembre à 20h

(suivi d’un débat animé par Daniel Mermet )

Au Théâtre de Nesle (8, rue de Nesle 75006 Paris)

Métro : Odéon ou Pont Neuf

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