Seule sur scène, l’auteur qui interprète son propre texte offre un spectacle plein de richesse et d’émotions dans un petit espace qui va peu à peu se remplir de voix et de personnages, grâce à deux masques, quelques accessoires et costumes, le tissu devenant texte, avec un subtil jeu d’ombre et de lumière, de la musique et des chants aussi. À travers la rêverie éveillée d’une petite fille, ce Protée féminin nous fait voyager dans le passé et dans l’espace, comme au temps des veillées ancestrales, au coin d’un feu ou sous les étoiles. On en vient à oublier la chaleur, le bruit des voitures et de la rue pourtant si proches. Côte à côte, dans une mystérieuse obscurité envoûtante, on est littéralement charmé par le miracle théâtral d’une métamorphose et d’une incarnation, (trans)porté par la voix de la conteuse urbaine. Cette magicienne des temps modernes met lentement son costume et pose son/ses masque(s) sous nos yeux pour devenir cette grand-mère aux yeux vifs, voix chevrotante et accent pittoresque, au caractère malicieux et aux virevoltes inattendues, car elle bouge, saute, danse, tourne en nous emportant dans un tourbillon de mots et d’images. Plus tard – le temps semble se dilater -, portant un autre masque, elle devient une jeune fille aux joues rebondies, naïve et sentimentale, aux réparties touchantes et pleine d’espoir dans la vie, venant compléter les autres portraits de femmes.

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En effet il est question d’héritage immatériel et de tradition transmises par les femmes et les mères pleines d’énergie, de patience et d’amour. On a ici tous les âges de la vie, de la fillette à l’aïeule en passant par la jeune fille et surtout la mère courage qui travaille, endure, se bat et peut enfin exprimer les rêves et les souffrances de toutes les femmes dans des sociétés contre lesquelles elles doivent se battre tout simplement pour exister – ce qui ne l’empêche pas de garder beaucoup d’humour et d’esprit. Cet hommage à la Nature par-delà les frontières et les siècles s’inscrit dans un cycle, « les treize chemins de Grand-Mère Terre », qui fera intervenir treize grands-mères de tous les pays. Il s’est ouvert avec un premier spectacle, fruit un séjour dans une réserve amérindienne dans le Dakota et se poursuit dans ce deuxième opus inspiré par un voyage dans le sud du Maroc. Cette quête et ce voyage initiatique coïncident avec une recherche des origines mais sans exotisme facile, ni couleur locale malgré la dimension folklorique et la vérité humaine récoltée au fil des conversations avec les femmes du pays. Pas de narcissisme identitaire mais un dialogue vivant renforcé par l’improvisation. Le moi de chaque spectateur s’identifie avec ces personnages surgis de l’ombre et de nos mémoires partagées, dans un conte universel qui s’adresse aux grands mais peut aussi toucher les plus jeunes, avec des rires, de la poésie et des émotions qui nourrissent l’esprit et le cœur.

Texte, mise en scène et interprétation de Khadija El Mahdi

Théâtre La Croisée des Chemins
43 rue Mathurin Régnier 75015 Paris.
Métro : Volontaires ou Pasteur
Tél 01 42 19 93 63

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Ton That Thanh Van

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