Il n’y a pas dans le théâtre un rôle trop masculin pour une comédienne et le Macbeth (s) de Terry Misseraoui, actuellement au Théâtre Montmartre Galabru, nous le prouve encore une fois. À côte de Betty Pelissou qui excelle en Lady Macbeth, et d’une troupe autant puissante, Noelle Malachina bouffe la scène en tant qu’une lord (plus exactement Thane de Glamis, Thane de Cawdor puis roi d’Écosse) Macbeth.

On pourrait presque s’arrêter là : « Deux comédiennes impeccables dans l’impeccable version minimaliste d’un classique », mais la tradition, cet autre nom des préjugés que les chefs-d’œuvre traînent avec eux nous pousse à regarder toujours la « pièce écossaise » comme construite sur une opposition d’attributs supposés masculins ou féminins. On sait que le vrai protagoniste de la pièce n’est pas Macbeth mais son épouse et on assume, par défaut de facilité, que c’est elle qui pousse le noble général au crime et sert d’instrument au destin pour élever le rang de son mari et ensuite le précipiter dans sa perte.

Et elle le fait en tant que femme : si elle est marquée par un sang rouge brillant qui ne s’efface pas, c’est autant qu’un rappel de crime qu’elle a inspiré, une trace de la punition qu’elle traîne, descendante et héritière de cette Ève qui a condamné au faux-naïf Adam et, avec lui, nous tous.

Cette idée de Lady Macbeth comme incarnation d’une force maléfique féminine est tellement ancrée dans l’inconscient du public que les spectateurs. De surcout, sous l’influence d’un chœur composé de trois soeurs-sorcières, ont tendance à oublier que tous les personnages, y compris le regretté Duncan et le brave Macduff, obéissent à leur propos ressorts, jamais nobles et jamais purs. Dans ce Macbeth(s) tout sobrement mis en scène on se sent paradoxalement à l’aise avec un argument et des dialogues connus et fidèlement joués mais progressivement de plus en plus perturbés par ces deux femmes : Macbeths qui avancent, amoureuses et pleines de désire, vers le passage célèbre ou afin de ne pas céder à une compassion aussi « féminine » que son ambition sans mesure Lady Macbeth exhorte « les esprits qui excitent les pensées homicides » à « changer à l’instant son sexe » et la remplir « jusqu’au bord, du sommet de la tête jusqu’à la plante des pieds, de la plus atroce cruauté ».

Elle ne demande pas de « devenir » un homme, mais de pouvoir être cruel comme les hommes le sont.

En évitant sagement un casting tout féminin ou une inversion de tous les rôles Terry Misseraoui re-place cette réplique au cœur de la représentation. Le sous-titre donné à sa version,  » l’ivresse du pouvoir n’a pas de genre », quoi que redondant n’est pas anodin. C’est à partir de cette approche, que le metteur en scène nous offre cet apogée à la fin du premier acte. À partir de là, nous ne pouvons que nous plaire à suivre, de climax en climax, ce puissant « Macbeth nouveau ».

Ou plutôt, nouvelle.

De William Shakespeare 

Traducteur : François-Victor Hugo.

Mise en scène par Terry Misseraoui

Avec : Noëlle Malacchina, Betty Pelissou, Steve Jouffray, Florent Nemmouchi et So Apostrophe

Du 25 janvier au 26 avril 2019

Au Théâtre Montmartre Galabru

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A propos de l'auteur

Ricardo Abdahllah

Journaliste colombien. Il est, depuis 2007, le correspondant du quotidien EL ESPECTADOR. Il collabore également pour l'édition en espagnol du magazine Rolling Stone et pour la chaîne AL JAZEERA.

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