D’après « le désespoir tout blanc » de Clarisse Nicoïdski, Lili, mis en scène par Daniel Mesguich au théâtre de l’épée de bois, raconte l’histoire d’une enfant un peu spéciale, pas normale, une idiote de village. C’est d’ailleurs elle-même, portée par la voix de Catherine Berriane, qui se raconte. Avec son phrasé particulier, elle décrit le monde tel qu’elle le voit et le ressent. Elle évoque les événements et ses sentiments/sensations avec innocence et naïveté si bien que, maîtrisant mal les codes de la normalité, elle ne comprend pas vraiment toujours les répercussions de ses actes ou paroles. En décalage face aux attentes de sa famille et de la bienséance sociétale, elle est exposée à une forte violence de la part de celles-ci. Son « handicap » inspire mépris et dégoût et cette petite fille en manque d’amour se défend de la brutalité ambiante en évitant les situations qui la provoque mais sans en comprendre réellement les causes. Si Lili ne semble pas comprendre les rouages de l’environnement dans lequel elle évolue, il apparaît tout aussi évident que son entourage ne la comprend pas plus et que cette enfant débordante d’amour est injustement délaissée et méprisée. C’est l’histoire du regard porté sur la différence, le handicap ; l’arrogance que l’on porte sur la vulnérabilité et qui met au ban de la société les moins adaptés en dépit de leur sensibilité et de leur humanité.

C’est aussi la peur chez les autres de voir leurs bassesses éclater au grand jour qui est renvoyée par la spontanéité et l’ingénuité du personnage de Lili. En effet, elle fait refléter en eux leur obscurité.
Comme l’évoque Clarisse Nicoïdski, lorsqu’elle explique qu’elle a écrit son livre pour faire parler l’ « idiote » qui est en elle, on peut tous convoquer cet « idiot » terré en nous et par lequel on se sent décalé, marginalisé ou incompris. Ce sujet soulève quelque chose, émeut l’enfant intérieur blessé en nous.

L’interprétation sobre et entière de Catherine Berriane est saisissante. L’ étrangeté du personnage accentuée par le décor et la lumière dessine une atmosphère inquiétante accentuée  par les  chants répétitifs de Lili: « folle folle folle j’suis pas folle ». On se perd, par contre, un peu dans le deuxième personnage qui prolonge ou renforce les pensées et sensations de Lili, la première comédienne se suffisant amplement à elle-même.

 

Du 7 mars au 9 avril 2017,
Au Théâtre de l’Epée de bois.

A propos de l'auteur

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.