Ce jour-là, qui aurait pu commencer comme n’importe quel autre à répéter des attitudes de petite fille sage et rangée, un incident déclenche la crise et permet d’accéder à une lucidité que les autres vont s’employer à qualifier de déraison. La vulgarité d’une claque aux fesses sert de choc : elle permet de prendre conscience de la misogynie ordinaire, celle avec laquelle on pactise sans le vouloir et qui oblige à ponctuer de sourires niais ou de silences les lourdeurs des interlocuteurs mâles.

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La femme au centre de la scène, elle, une autre, n’importe laquelle, entend pour la première fois, regarde pour la première fois, saisit pour la première fois, l’implicite, l’explicite de l’homme en face, qu’il soit proche, comme le compagnon, ou totalement anonyme, comme le passant ou le buraliste. Et de cette nouvelle réalité qui fut la sienne pourtant durant des décennies, émerge une subjectivité guerrière qui déconcerte les témoins. Leurs poncifs, leurs allusions sexuelles, leurs agressions se heurtent soudain à un mur. Il ne s’agit ni d’expliquer ni de comprendre, mais de revendiquer avec exactitude sa liberté, son intégrité non selon une logique défensive mais par des actes définitifs et sans appel.

Muriel Gaudin interprète cette femme dans le dépouillement d’une solitude et d’un noir qui mettent en jeu plus que tout la force de la parole ; saccadée et violente la tirade enchaîne constats et injonctions dans le vide de l’interlocution et pourtant il n’est pas besoin de formulation en retour pour deviner la teneur de cette vile expression virile.

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TEXTE ET MISE EN SCÈNE : PIERRE NOTTE 

INTERPRETATION : MURIEL GAUDIN

SALLE ROLAND TOPOR

6 NOVEMBRE – 1ER DÉCEMBRE 2019, 20H30

DIMANCHE 17H30 — RELÂCHES LES LUNDIS

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