La reprise de cette adaptation est encore une fois accueillie avec ferveur et émotion. La pièce est fidèle au texte qu’elle magnifie en la modernisant. Certains trouveront que les nombreux effets spectaculaires créent une impression de vertige avec le duo (les voix parallèles de la comédienne et de l’écrivain qui lit la lettre posthume au début et à la fin de la pièce), les projections vidéos, la musique et les jeux de lumière et de couleurs parfois violents (le sang qui coule sur le drap blanc tendu comme un écran rappelant Hitchcock dans Pas de printemps pour Marnie). La chorégraphie transforme la comédienne en danseuse aux pieds nus, sensuelle et fragile comme Isadora Duncan dont elle a la coiffure, le style vestimentaire et le masque tragique.

aCette dernière porte le texte et semble hantée par cet amour impossible, obsédée par une passion qui doit enfin se dire et éclater au grand jour dans cette longue lettre-confession. Le leitmotiv de celle qui se présente comme l’amante invisible et la femme oubliée résonne en une longue déploration. On assiste à la naissance d’une passion adolescente, à la prise de conscience de la passion dévorante d’une femme et à l’exacerbation du discours amoureux de celle qui est devenue mère, mais ici la répétition des rencontres furtives n’a rien de comique et le lyrisme brûlant devient contemplation pathologique devant la fatalité de l’indifférence masculine. Le décor plongé dans la pénombre renvoie à des actions et des lieux bien distincts : la rédaction de la lettre avec une plume rouge puis blanche, comme purifiée par le discours cathartique, le lit à gauche, au fond, qui renvoie aux êtres aimés (amant, enfant) et à droite derrière un voile transparent, l’appartement de l’Aimé avec un fauteuil et des cadres vides, un tableau de Klimt.

cLaetitia Lebacq évolue avec grâce, qu’elle soit en train de danser, couchée, assise, calme ou bien convulsive, entre cris et murmures en son déshabillé et mettant son cœur à nu avec un mélange de volupté et de souffrance quand elle chante son agonie et l’absent auquel elle s’adresse vainement. Les objets symboliques sont autant de rappels poétiques, entre les plumes et les pétales de couleur blanche dispersées par une main fébrile. Éclipsant l’écrivain inconstant et creux réduit à l’écho de la voix principale, cette solitaire figure féminine haletante et incandescente entre en résonance avec le lyrisme des Héroïdes d’Ovide et la folie amoureuse de Marguerite Duras dans Lol V. Stein ou l’absence dans La Douleur.

D’après la nouvelle de Stefan Zweig

Mise en scène de Denis Lefrançois

Les Compagnies Strapathella et Ayoye

Avec Laetitia Lebacq

Du 1er février au 8 avril 2018, (jeudi à 19h30, samedi à 18h et dimanche à 16h30).

A La Folie Théâtre.  Tél : 01 43 55 14 80

Spectacle éligible aux P’tits Molières 2018.

Durée : 1h25

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