Lettre à France  est un spectacle de Réda Seddiki qui fait bien parler de lui. C’est avec beaucoup de curiosité que nous y assistons. A notre arrivée, nous sommes agréablement surpris par le théâtre de la Nouvelle Seine qui se trouve être sur une péniche, sur les magnifiques quais de Montebello. Installés, on attend l’apparition de Réda. Pour nous mettre dans l’ambiance, on nous fait écouter des reprises de Nassim Dendane qui nous emmènent, aussitôt, de l’autre côté de la méditerranée.
Réda Seddiki est un jeune algérien qui quitte Tlemcen pour la France à l’âge de 18 ans dans le but de poursuivre des études supérieures. La tête pleine de rêves et d’espoir, il s’est fait une image de ce qu’est ce pays qui allait l’accueillir. Coup de théâtre ou prise de conscience, il se retrouve face à une évidence peu souhaitée, la réalité !
A travers son spectacle comique, il partage avec nous son expérience d’étudiant algérien vivant en France, qui se trouve être, l’expérience de tous ces jeunes gens qui ont, un jour, décidé de quitter leur patrie et famille pour venir s’y installer. Pour cela, il aborde avec humour et légèreté toute une série de clichés auxquels nous avons tous été sujets ou témoins un jour ou l’autre, notamment, cette certitude infondée qu’en France, tout le monde peut s’enrichir en un claquement de doigts.
L’écriture est réfléchie et intelligente. Elle contient toute une série d’indications historiques et politiques à tournure humoristique. L’usage des transitions et les passages entre les idées sont maitrisés. Dans cette fluidité et avec un esprit cartésien, Réda utilise des équations drôles qui aboutissent sur des déductions marrantes ; il nous explique par exemple comment l’équation: une « pizza achetée = une pizza offerte » nous permet de repartir avec une pizza gratuite sans rien acheter. Il faut croire que quand on maîtrise les maths, on peut manger gratis !
La particularité de ce spectacle réside dans son interaction ; à la croisée des chemins entre le one man show et le stand-up; il crée un échange avec les spectateurs qui prennent part dans la représentation. Ce qui fait que, chaque soir, un spectacle est différent de l’autre.
Si la France a séduit Réda, l’Algérie ne le laisse pas indifférent. Si la France l’a façonné, l’Algérie l’a élevé. A travers la personnification de ces deux pays qui lui sont chers, nous y trouvons une démarche originale où il souligne son rapport étroit et son attachement à ces deux terres, comme on pourrait s’attacher à une femme qui nous charme et nous abreuve d’amour.
Au bout de ce voyage spatio-temporel, nous rentrons à Paris avec la théière d’Omar qui restera le symbole de cette part de soi que nous emmenons avec nous où que nous partions et puis on termine avec une douce lettre à France qui exprime cet appel d’amour et de partage.
Au final, si les marches flottantes des escaliers du théâtre ont été compliquées à emprunter, on peut dire que la démarche en vaut jovialement la peine. En une heure vous ferez un aller-retour entre Paris et Tlemcen. Et puis, avec un peu de chance, on vous servira même un thé… ou deux.

Du 23 septembre au 30 décembre 2015,
A la Nouvelle Scène.

A propos de l'auteur

Lynda MEGHARA

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