Fresque Sociale

Tour de force que cette mise en scène d’un monument de la littérature française.

Paru en 1862, ce roman de cinq tomes est une épopée humaine, sociale, historique et philosophique. Dans un contexte social tourmenté, Victor Hugo engagé politiquement, place la question sociale au centre de ses préoccupations morales. Profondément affecté par la misère humaine et l’exploitation de l’homme par l’homme, il consacrera plusieurs ouvrages à ce sujet, notamment Les Misérables, son œuvre la plus connue et incontestablement l’une des plus fortes.

Là où on pouvait craindre des cafouillages et des longueurs fastidieuses, la mise en scène de Manon Montel est efficace et très bien rythmée. Quelques personnages ont été escamotés (en réalité, il y en a une centaine dans le roman), notamment la fameuse Eponine, une des filles Thénardier, amoureuse de Marius. On n’en tiendra pas rigueur à la metteuse en scène, il a fallu faire des choix et les siens ont été judicieux. En effet, sacré challenge que de s’attaquer à une œuvre si importante – gargantuesque même – du répertoire littéraire français. De plus, ce ne sont pas les adaptations qui manquent, que ce soit au cinéma, au théâtre, ou encore en comédie musicale. Source d’inspiration intarissable, Les Misérables est une œuvre qui vous prend aux tripes, et qui, cent cinquante ans après sa première parution, continue de faire rêver les réalisateurs, les metteurs en scènes, les artistes et les comédiens.

Le jeu des acteurs d’ailleurs est très juste dans cette adaptation. Jean Valjean est déterminé et impassible face à la scélératesse des Thénardier, la mère Thénardier narratrice de la pièce, n’a pas la langue dans sa poche et enchante le spectateur par sa gouaille populaire, Gavroche le gamin des rues rieur nous apprend à parler correctement (l’argot), Javert imperturbable, Cosette et Marius amoureux. Enfin, Fantine dont le tragique souvenir réapparait à la fin, quand Jean Valjean révèle à Cosette le nom de sa mère. L’accordéon de la mère Thénardier ponctue quelques scènes et contribue à rendre l’atmosphère du Paris populaire du XIXe siècle.

Une pièce éminemment forte, à l’émotion dense et palpable, mêlée à des passages originaux du roman que l’on se remémore avec bonheur, voilà un superbe spectacle qui ravira le plus grand nombre.

 

Au Théâtre Lucernaire 

Jusqu’au 19 novembre 2017.

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