Nous sommes à quelques minutes de l’heure prévue pour le début de la pièce, installés confortablement et surpris de voir Isabelle Huppert ( Araminte) sur la scène prendre un cours de Tai-Chi avec une sorte de coach au milieu de dizaines de paires de chaussures pour femmes disposées en cercle.

On comprend très vite que cette comédie de Marivaux jouée pour la première fois en 1737 sera transportée par Luc Bondy avec une scénographie parfaite, dans une période plus récente, il réussira l’incroyable défi de la moderniser.

Inutile de parler de la performance de ces grands comédiens qui nous plongent dans l’histoire de ces personnages attachants aux positions sociales échelonnées, aux intérêts et objectifs antagonistes ou complices. Surtout, ils nous font rire! Une mention spéciale pour l’exceptionnelle Bulle Ogier, qui joue à merveille la caricature de la vieille bourgeoise bling-bling, chapelet de colliers autour du cou, lunettes de soleil, attitude d’arriviste parfois vulgaire et qui est prête à tout pour que sa famille accède à la noblesse.

Cette histoire, dont le fil rouge est la passion d’un homme pour une femme, est aussi une critique de l’ordre établi dans une époque où l’amour est entravé par les conventions sociales. Cette pièce, qui aurait pu être co-écrite par Marx, nous rappelle tout simplement par sa profondeur et sa légèreté le génie intemporel de Marivaux.

Dans cette version que nous propose Luc Bondy je ne ferai qu’une seule critique, ou exprimerai un regret: on aurait voulu un peu plus de rythme, une touche plus italienne qui aurait fait de cette version moderne un pur chef-d’œuvre.

Au théâtre de L’Odéon
Du 15 mai au 26 juin 2015.

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