Nous avons rencontré Héloïse Martin, de la compagnie Carabistouillesetcie. Elle joue actuellement la pièce jeune public Enfablées, à la Comédie Bastille.

Pourquoi un spectacle sur les fables de La Fontaine ?
Parce que nous avons toujours rêvé d’entendre un enfant dire : « Waouh… les fables de La Fontaine, c’est génial ! », alors que tout le monde a ce vague souvenir d’ennui, de tableau noir et de récitation… Et comme on a nous, comédiennes, un immense plaisir à dire ces beaux vers et qu’on adore les entendre, parce que ces histoires, d’un trait, nous racontent avec une précision redoutable le monde et la nature humaine, nous avons eu envie d’en faire un spectacle.

Vous entendez par là que les fables de La Fontaine ne sont pas reconnues à leur juste valeur?
En quelque sorte oui. On a tendance à les associer à un exercice scolaire sans vraiment en apprécier la dimension littéraire. Les Fables, c’est une vision du monde portée par le sens de la formule, la rapidité de la pensée, la finesse de l’expression et surtout le sens de la situation et des personnages : du théâtre quoi !

Selon vous, par quoi cela passe-il de rendre les fables attractives?
La difficulté réside essentiellement dans la langue et la forme littéraire de la fable : il faut réussir à transformer en un langage parlé, vivant, une langue très littéraire et surtout aux formes vieillies : le défi est de rendre compréhensible à un public du XXIè siècle une langue du XVIIè ! J’ai donc pris le parti de traiter les situations au premier degré, de rendre évident les enjeux par une mise en scène simple, inspirée par la naïveté des illustrations d’albums pour enfants. Il s’agissait de faire comprendre très vite (parce que chaque tableau est court) la situation et de rendre évidents les objectifs des personnages. Comme je ne voulais pas toucher à une virgule de texte, nous avons énormément travaillé sur les vers, le sens et l’articulation ; ainsi que sur la gestuelles et la gestion de l’espace comme écriture des situations.
Pour répondre plus clairement à la question : les fables ne peuvent être attractives que si elles sont comprises ! Cette problématique m’a logiquement emporté vers une iconographie du livre pour enfant : colorées, claires, simple et naïve dans son esthétique.

Est-ce d’abord le désir de monter un spectacle pour enfants qui vous a orienté vers les Fables ou bien le désir de faire un spectacle sur les fables qui vous a donné envie de le faire pour les enfants ?

Les deux mon général ! Nous avons déjà souvent travaillé en direction des enfants, et les Fables sont un de mes livres de chevet… je n’ai même pas eu besoin de trop y réfléchir…

Certains passages peuvent être difficiles à comprendre, pour les plus jeunes, était-ce important pour vous de conserver le texte dans son intégralité ?
Oui. Je pense qu’il faut tirer le spectateur vers le haut et lui faire confiance. Ce n’est pas parce que ce sont des enfants qu’ils ne sont pas capables d’accéder au sens de certains mots, certaines tournures voire même certains enjeux. Et ce qui ne leur apparait pas clairement laissera un écho qui finira par créer un jour une pensée, un lien… Et je suis une fervente défenseuse de la langue française. Je trouve qu’on a un trésor exceptionnel et que la simplification que nos formes de communication imposent à la langue réduit notre capacité de compréhension du monde : avec moins de mots on pense moins. On pense moins bien et moins loin.

Comment avez-vous sélectionné les différentes fables ? Sur quels critères a porté votre choix ? Y’a-t-il un enchaînement logique dans l’apparition de celles-ci dans la pièce, notamment dans la dynamique créée par le choix des supports ?
J’ai mis un temps infini à choisir ces 9 fables. J’ai d’abord écarté toutes celles qui mettait en scène la vie à la cour, parce qu’elles me semblaient trop éloignées de nous, de notre société, de la vie des enfants. Ensuite, j’ai également retirées celles dont la morale était trop moralisatrice ou dont le message ne correspondait pas aux valeurs que j’aurais aimé transmettre à mes propres enfants. Par exemple, la fable du loup et de l’agneau est extraordinaire, cependant la leçon que l’on en tire (« la raison du plus fort est toujours la meilleure ») est de celle que je préfère combattre, même si elle correspond trop souvent à la réalité. M’est apparu assez vite que celles que je mettais de côté contenait des conseils plus que des morales, qui permettaient de s’armer à affronter le monde, la réalité, l’âge adulte. Et j’ai donc construit le spectacle autour de l’idée d’un voyage initiatique où ce qu’on trouve c’est des balises pour être plus forts, mieux armé pour affronter la vie.
Le reste a découlé de ce choix : trouver dans les fables de quoi affronter la vie a été transposé par une plongée dans le livre et un voyage au cœur du monde des fables : comme on se laisse totalement embarquer par sa lecture, les personnages sont happés par le livre et vivent ce qu’ils lisent.
Et j’avais envie également depuis longtemps de faire un spectacle qui raconte le théâtre, ses formes, ses codes : au fur et à mesure que les personnages s’enfoncent dans le livre, les codes de la représentation évoluent : d’un code de théâtre de tréteaux, de commedia dell’arte voire de guignol on arrivera à un espace mental, un plateau vide et une comédienne seule, puis on finit sur les ombres, le corps a totalement disparu, ne reste que l’imaginaire, le visuel, le voyage intérieur vécu par le lecteur-spectateur.

Critique de la pièce Enfablées.
Pendant les vacances scolaires,
A la Comédie Bastille.

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Une réponse

  1. Web Hosting

    L’equipe du film a cru bon d’ajouter que l’actrice principale, Heloise Martin, avait pris 12 kg pour le role. N’aurait-il pas mieux valu choisir une « 

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