Ce spectacle varié alternant moments de narration, action, combats, chants et danses, ravira un large public, ce qui n’est pas toujours facile car comment plaire aux plus jeunes et aux parents parfois réduits au rôle d’accompagnateurs patients ? Ici, le pari est largement gagné. Ce n’est pas la première fois que cette petite troupe adapte de grandes figures littéraires. Après Zazie, Pinocchio, Robinson, les héros des contes de fées, c’est le personnage d’Hercule qui est mis en scène de manière cocasse et moderne. En effet, loin des souvenirs scolaires poussiéreux de la mythologie grecque, la pièce prend la forme d’une comédie loufoque au rythme endiablé, avec des clins d’œil anachroniques (le mail à la place du parchemin, les expressions et les situations enfantines, les produits de beauté du taureau coquet et soucieux de son apparence). Jeux de rideau, décor minimaliste, accessoires limités et incongrus (bocal à poissons, sac à main rouge vif), effets de lumières, sons et musique complètent cette vision haute en couleur.

Rivalisant avec les super héros contemporains, Hercule est certes un demi-dieu, fils d’une mortelle et du roi des Dieux Zeus, mais c’est aussi un être avec ses moments de doute, ses faiblesses, ses qualités et quelques défauts. Le personnage tout en muscles et au regard souvent furibond, prêt à bondir sur ses adversaires, reconnaît avec autodérision qu’il ne pense pas toujours ou pas assez. Associé au jeune Thésée, turbulent et vif compagnon d’aventures, il célèbre les vertus de l’entraide et de l’amitié en renouvelant le motif du duo déséquilibré et joyeux comme celui d’Astérix et Obélix. La pièce est trépidante et ne sombre jamais dans la lourdeur ni la mièvrerie malgré le parti-pris de la caricature : le pédagogue qui radote et s’endort ne dédaigne pas la dive bouteille, Héra en épouse travestie à la forte poitrine et barbue, semble tout droit sortie de la Cage aux folles, le roi Eurysthée, commanditaire des dix puis douze travaux d’Hercule, est aussi vaniteux que pusillanime, conformément à la tradition ; en effet au lieu de se cacher dans une jarre, effrayé par la vue du lion de Némée, il met sa tête dans un bocal transparent. Thésée androgyne est l’enfant, futur héros, prêt à affronter des épreuves initiatiques aux côtés de son modèle fraternel et amical.

Loin de l’atmosphère tragique attendue, le héros malmené et entêté poursuit sa quête et accomplit sous nos yeux trois des célèbres travaux avec une verve et des effets comiques qui offrent une vision burlesque de la mythologie et de l’Antiquité dans la veine d’Astérix ou de Giraudoux. Ainsi le lion de Némée apparaît-il comme un jouet entre les mains d’un gamin (le jeune Thésée), sous la forme d’un tigre blanc en peluche. Tout y est : le vase grec, les costumes antiques, les masques, les déguisements, les combats dignes d’Homère et les dieux (Hadès, Héra) qui se mêlent aux hommes. Les jeux de mots, les anachronismes, la chorégraphie savante des combats, les morceaux de comédie musicale et la poésie de la narration (« Voix off » invisible, comme il se doit, aux séduisantes inflexions) enrichissent la trame connue, avec la subtile mise en abyme d’une réflexion sur le théâtre et l’illusion de la mimesis, entre ce qui est montré (le cactus inattendu, comme un clin d’œil à l’arbre d’En attendant Godot) et ce qui est raconté. Tout est concentré autour de quatre personnages qui ont le temps de changer prestement de costumes. Les trois épisodes sont spectaculaires et centrés sur les animaux « humanisés » : le taureau blanc et coquet, l’oiseau du lac de Stymphale au masque et à l’accent vénitiens, Cerbère apprivoisé et devenu gentil toutou échappant à l’autorité de Hadès, inquiétant et sombre dieu des Enfers. Humour, surprise et poésie comblent les grands et les petits.

D’Alexis Consolato et Sarah Gabrielle

Mise en scène: Sarah Gabrielle.

Avec :

Joelle Luthi (Thésée),

Alexis Consolato (Hercule),

Jacques Courtès (Héra, Chonnidas, Hadès, Le commandant des oiseaux),

Alexandre Levasseur ou Yan Richard (Eurysthée, le taureau, Cerbère).

Jusqu’au 11 février 2018. ( Mercredi, samedi 15h, dimanche 11h. Du mardi au samedi pendant les vacances scolaires).

Au Théâtre Lucernaire

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