Pendant une heure vingt, c’est toute une vie qui défile, racontée par un être brisé par une disparition tragique, celle de ses parents dans un accident de voiture. Le passé proche et lointain est patiemment recomposé, par une comédienne qui est aussi l’auteur de ce texte autobiographique. Seule sur scène, elle parle d’une voix blanche, presque éteinte. Tout est dit avec pudeur et retenue, sans emphase ni excès dans ce discours de la douleur sur l’indicible de la mort et de l’absence. L’émotion ainsi contenue et subtilement distillée est encore plus forte. Le drame familial est mis à distance par le malentendu pourtant tragique (les enfants se réjouissent du retour tardif des parents qui ne reviendront pas) ainsi que par la dimension du fait-divers avec la présentation laconique des pièces administratives et judiciaires liées à l’accident terriblement banal.

azer

Il s’agit de revivre et de réinventer sa vie en la racontant sans bercer d’illusions quand le soir plus personne ne viendra à l’heure du coucher et des angoisses nocturnes. Dire et écrire sont la voie de la survie et de la résilience. Cette enfance offerte à tous est la porte ouverte sur la redécouverte de notre enfance. Le dédoublement entre l’adulte qui revient sur ce traumatisme et la fillette de 9 ans qui raconte les événements passés est matérialisé par le miroir penché dans lequel elle se reflète, comme pour souligner la mise en perspective et la déformation de la mémoire blessée. La boîte en carton à droite de la scène contient des souvenirs, des objets (les chaussons de danse de la comédienne qui esquisse quelques pas sur les pointes) et se transforme en petite télévision quand des images de films de famille sont projetées, rappelant les séances de projections familiales ou de diapos après les vacances.

giovanni

Autres images en mouvement, les vagues qui semblent déferler sur scène aux pieds de la survivante du naufrage familial, métaphorisent la menace de l’oubli et l’affleurement des souvenirs à la surface de la claire conscience. Présence de la mer, alors que la mère dont il ne restait que quelques bijoux calcinés et dont le corps, le parfum, les gestes hantent sa fille qui est devenue comédienne en suivant ses traces et en grandissant dans l’ombre de son absence. Cette frêle silhouette en bleu ressemble à une Alice au pays des merveilles passée de l’autre côté du miroir.

Texte et interprétation : Céline Milliat Baumgartner

Mise en scène de Pauline Bureau

Du 6 au 31 mars 2018.

Au Théâtre du Rond-Point.

bijoux-de-pacotille_1000_1000

A propos de l'auteur

Ton That Thanh Van

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publié.