Au théâtre de Belleville se joue Le Rêve d’un homme ridicule, une adaptation de la nouvelle issue de Journal d’un écrivain de Fiodor Dostoïevski.

La mise en scène d’Olivier Ythier laisse toute la place à l’incarnation du personnage et narrateur, l’homme ridicule. La transposition de la nouvelle sur scène donne corps au dialogue entre le narrateur du récit et le spectateur. Le texte devient une expérience vécue collectivement, tandis que l’intégration de la vidéo vient animer le décor, en arrière-plan, laissant cheminer le regard du public dans le rêve du personnage.

« L’homme ridicule » incarne l’idée d’un être qui ne soit pas un humain accompli. Et comme il est incomplet, il souffre. Son indifférence le rend d’ailleurs risible aux yeux de ses congénères qui, eux, parviennent à faire semblant de jouer le jeu social. C’est alors qu’il tente de mettre fin à sa souffrance qu’il accède à un rêve, une initiation réelle de laquelle émerge un nouvel être capable d’empathie et responsable. Ce texte livre une conception philosophique de l’écrivain, mâtinée de spiritualité. Il y évoque l’utopie d’un paradis perdu, un idéal vers lequel l’homme tend et lutte. Ce personnage, qui recouvre le sens de sa vie, finit par conquérir son humanité en agissant. Dans l’œuvre de Dostoïevski, existe un phénomène de réflection, qui met en lumière le rapport de fusion et de séparation entre l’être et le monde. Et c’est en prenant conscience de son action sur le monde que l’être atteint son accomplissement. L’homme ridicule, c’est aussi cet homme incompris, mais engagé dans une œuvre messianique dès lors que la croyance en un idéal (religieux, mais aussi humain) le transcende.

Les mouvements des sentiments du personnage sont exprimés par des ruptures plutôt bien senties. Le parti-pris d’une modernisation du texte par l’image et le son fonctionne bien. Une aura chamanique se dégage du comédien, à l’intonation calme et intense. L’ambiance sur scène, vidéos et musique à l’appui, et le jeu de Jean-Paul Sermadiras sont ainsi propices aux dialogues intimes de l’Homme ridicule.

Au Théâtre de Belleville
Du 11 juillet au 12 septembre 2015.

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