Le prince travesti est une pièce tragi-comique de Marivaux qui se joue à La Cartoucherie de Vincennes, au Théâtre de l’Épée de Bois jusqu’au 10 avril. Le metteur en scène n’est autre que le grand Daniel Mesguish et les acteurs promettent bien des surprises.

Deux femmes éprises du beau prince qui se fait passer pour Lélio afin d’explorer le monde et de cerner la nature de l’homme. La première est la princesse et l’autre n’est que son intime confidente. Un univers féminin peu rassurant ! De l’autre côté, ce n’est pas mieux… Frédéric est jaloux de Lélio et veut à tout prix se débarrasser de lui et prendre sa place. Pour cela, il est prêt à tout ! Même à se servir d’Arlequin. Seulement, ce dernier fait preuve d’une telle bêtise, et encore pis quand il essaie de réfléchir bonnement, que tout ce qu’il se verra confié, tombera à l’eau en défaveur de Frédéric. Les personnages de Marivaux ne sont pas affranchis. Hortense et Frédéric vivent dans l’ombre de la princesse et de Lélio. Hortense désire vivre son amour au grand jour avec Lélio mais a peur de la vengeance que pourra leur réserver la princesse par la force du chagrin.

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Pour cette mise en scène, les acteurs étaient excellents ! Je salue particulièrement le jeu d’Alexandre Levasseur pour le rôle d’Arlequin qui nous a bien fait rire. Les Mesguish, pour leur part, frappent tel un topos d’éminence, après avoir vu le père et le fils (Daniel et William Mesguish)  dans Pascal Descartes puis William dans Les mémoires d’un fou, on a le plaisir de le retrouver dans le rôle de Frédéric (épatant), ainsi que de faire la rencontre de la belle Sarah Mesguish qui a excellemment interprété la princesse tantôt sentimentale, tantôt austère… Comme on dit, le talent est bien de famille.

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Les lumières, les sons, les costumes et les déguisements relèvent d’un travail de réflexion qu’a eu le metteur en scène quant à la mise en abîme qui se dégage de la pièce elle-même ( mettre en scène le théâtre). Des miroirs déformants sont présents sur scène; une forte symbolique du paraître trompeur.

La pièce s’achève sur une note gaie mais qui laisse un arrière-goût d’insatisfaction à l’image d’un faux bonheur car si la princesse choisit raisonnablement de laisser ses colères de côté et d’épouser le roi, ce n’est que pour sauver sa dignité et préserver son rang. Des cœurs chagrinés que sont celui de la princesse et de Frédéric qui finit démasqué et seul, le dos tourné au public, ayant l’air noyé dans une solitude et déception non entendues.

Une pièce riche et une mise en scène très intéressante qui nous propose une réflexion sur l’être et le paraître… une réflexion sur le théâtre lui-même.

 

Du 9 mars au 10 avril 2016.

Au Théâtre l’Épée de Bois

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Lynda MEGHARA

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